Devenue l’une des principales forces politiques espagnoles, Podemos est associée aux exécutifs des trois premières villes du pays. A Madrid, c’est un élu issu de ses rangs, Pablo Soto, qui a en charge la participation citoyenne. Il veut aller plus loin que le budget participatif.

Les Espagnols sont appelés aux urnes dimanche pour élire leurs députés. Après de premières élections en décembre, les partis avaient alors échoué à former un gouvernement. D’après les sondages, Podemos allié à Izquierda Unida (Gauche unie, ex-communiste) pourrait devenir la deuxième force politique du pays, deux ans seulement après sa création, derrière le Parti populaire (PP – droite), et la première à gauche, devant le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE)  [Mise à jour : Aux législatives du 26 juin, le PSOE a finalement devancé Podemos]

Podemos est né début 2014 des suites du mouvement « 15-M », en référence à la date 15 mai 2011 qui avait vu les « Indignés » occuper la Puerta del Sol à Madrid et les grandes places du pays. Le parti n’a depuis cessé de progresser. Quelques mois après sa création, il entrait au Parlement européen et, en 2015, il accédait aux exécutifs des trois principales villes du pays, Madrid, Barcelone, Valence, et bien d’autres, en s’alliant ou en soutenant des listes locales.

Des Indignés à Podemos
Podemos est née des suites du mouvement « 15-M » pour 15 mars 2011, une date-clé dans l’histoire contemporaine. Ce jour-là, des centaines de milliers d’Espagnols démarraient l’occupation de la Puerta del Sol à Madrid et des grandes places du pays. Ces « Indignés » allaient inspirer les mouvements des places du monde entier, de Occupy aux Etats-Unis à Nuit debout en France récemment.

La progression rapide de Podemos conduit à un paradoxe pour l’élu madrilène Pablo Soto. Le porte-parole de sa formation, Pablo Iglesias est ainsi célébré dans les médias pour ses qualités de « leader », alors qu’en son sein, ses membres désavouent depuis le départ le système bipartiste PP-PSOE et ses « chefs », accusés de confisquer le pouvoir. Ses élus voudraient concrétiser dans les institutions, une aspiration née sur les places : redonner le pouvoir au peuple.

Indignés | 15 M | Puerta del sol | Madrid | Espagne

Podemos puise ses origines dans le mouvement « 15-M » aussi connu sous le nom des « Indignés », en référence à l’ouvrage de Stéphane Hessel.

Participation citoyenne

Par Abriendo Madrid (youtube) — ¿Habrá presupuesto para realizar las propuestas ciudadanas aprobadas? (at 0min 23s), CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=44850879

Pour Pablo Soto, élu madrilène issu de Podemos, était à Paris invité par Personal Democracy France dans le cadre de Futur en Seine.

Depuis son accession au pouvoir, la plate-forme citoyenne « Ahora Madrid » à laquelle est associé Podemos, s’est précisément attelé à cet objectif. Elle a ainsi créé decide.madrid.es,  un outil « civic-tech » qui donne aux citoyens la capacité de proposer leurs idées et d’en débattre. Rien de très original jusque-là. A moins que l’une d’entre elles ne dépasse les 53 000 soutiens, c’est-à-dire 2% de la population.

En atteignant ce seuil, un referendum d’initiative citoyenne est lancé. En cas de victoire, la capitale n’a d’autre choix que de concrétiser l’idée. L’autre dispositif accessible depuis decide.madrid.es est bien sûr le budget participatif. Mais, pour Pablo Soto, cet outil reste modeste, par son montant et sa nature. Il est issu du budget d’investissement et ne financera que des projets de construction ou d’amélioration du cadre de vie.

L’objectif serait davantage de participation citoyenne pour que les priorités budgétaires de la capitale appartiennent au peuple. Cet horizon paraît encore lointain. Déjà, l’exécutif doit compter avec les sensibilités politiques de l’assemblée municipale. Les obligations ou les contraintes financières limitent par ailleurs les marges de manœuvre.


Avant que la participation citoyenne ne redonne le pouvoir au peuple, c’est peut-être l’augmentation du montant du budget participatif qui représente, dès à présent, la voie la plus simple pour associer les Madrilènes à la décision publique.


 Image de couverture : la Puerta del Sol à Madrid le 15 mai 2011 par Omo Calvo.
Quand Nuit debout rencontre Podemos
Faire dialoguer Podemos et des membres de Nuit debout, c’est faire se rencontrer l’une des principales forces politiques d’Espagne et un mouvement dont on a prédit en France un avenir semblable ou un essoufflement mortel. Cette rencontre était organisée par l’association Personal democracy France dans le cadre de Futur en Seine, le 10 juin dernier, avec l’élu madrilène Pablo Soto pour Podemos (lire son portrait sur Rue 89).