C’est pour renforcer la démocratie et pour construire la paix que sont nés les budgets participatifs en Colombie. Aujourd’hui, à Medellin, le dispositif aide les plus pauvres à poursuivre des études supérieures.

En Colombie, l’introduction des budgets participatifs a d’abord eu lieu dans les zones de conflit armé, avec l’objectif non seulement d’y faire de la politique autrement, en renforçant la démocratie, mais aussi d’y construire la paix, avant de se diffuser dans l’ensemble d’un pays réputé violent et marqué par de fortes inégalités sociales.

Un conflit qui dure depuis 1964
La Colombie abrite l’un des plus vieux conflits armés au monde. Depuis 1964, il oppose le pouvoir aux guerillas marxistes, des Farc notamment. Dans le courant des années 1980, des forces paramilitaires « contre-insurrectionnelles » ont ajouté la violence à la violence. Le confilt aurait fait plus de 220 000 morts et disparus et plus de 4,4 millions de déplacés. Au-delà, le taux d’homicide atteint 75  pour 100 000 habitants.

A Medellin, tout commence en 2004

C’est à l’initiative des Américains de l’ARD chargé de la mise en œuvre du Plan Colombia et de l’agence allemande pour la coopération internationale, GIZ, que les premiers budgets participatifs ont été menés. Les Allemands ont ainsi travaillé avec les autorités des départements de Risaralda et de Quindio dès 2002. Une autre source, le site du budget participatif de Medellin, fait état d’une expérience antérieure, menée dès 1995 dans le sud du pays, à Pasto (450 000 habitants).

Presupuesto participativo | Medellin | ciudad 8

Medellin emprunte une démarche proche de celle initiée à Porto-Alegre.

Medellin est la première capitale régionale colombienne à avoir lancé un budget participatif en 2004. Il s’inscrit dans un processus démarré dès les années 1980. Il est marqué par la création des plans de développement locaux, la construction collective de la Constitution de l’État en 1991, une législation favorable à l’association des habitants dans la planification locale en 1996. Enfin, en 2004, le processus aboutit à une première expérience de budget participatif, institutionnalisée en 2007.

Le budget participatif de Medellin fonctionne sur le modèle initié à Porto-Alegre en 1989. Les citoyens des municipalités et des villages définissent leurs priorités et élisent leurs délégués dans les assemblées de quartier. En commissions thématiques, les délégués proposent des solutions. Enfin chaque conseil de municipalité ou de village décide des investissements. Le montant alloué au budget participatif représente 5 % du budget total de la capitale régionale.

Faciliter les études supérieures

En Europe, les budgets participatifs se concentrent sur l’investissement. Il s’agit de construire, de rénover ou d’aménager des espaces notamment. Ailleurs, dans le monde, les besoins ne sont pas les mêmes et à Medellin, le dispositif finance ainsi les frais de scolarité et/ou apportent un soutien financier aux plus démunis dans leurs études supérieures. Ce financement n’est pas sans contrepartie puisque les étudiants donnent en échange 80 heures de leur temps par semestre pour des actions sociales, dans leur quartier ou leur village.

Medellin | Mas educada | universidad

L’aide pour poursuivre des études supérieures s’intitule « Fondo camino a la educacion superior. »


Le budget participatif de Medellin facilite l’accès aux études supérieures des jeunes de la ville les plus démunis. Ce programme dit « Fondo camino a la educacion superior  » s’inscrit dans un autre plus vaste qui vise à faire de la ville, la plus éduquée du pays. Dans une ville marquée par la violence et les inégalités sociales, c’est bien un nouveau chemin que les habitants veulent emprunter avec le budget participatif.


Image de couverture : Universidad EAFIT, Escuela de Administración