La Province du Sud-Kivu est une région de la République démocratique du Congo qui a connu au milieu des années 2000 la guerre et ses atrocités. En 2011, le budget participatif est venu concrétiser les besoins prioritaires de la population. Des priorités votées par SMS.

A Ibanda, un centre de santé a été construit, à Luhwinja 54 classes. A Bagira, un pont mène les enfants à l’école. Le stade de volley et de basket de Kadutu a été réhabilité. A Bukavu, des toilettes ont fait leur apparition au marché. Partout, l’adduction d’eau s’est développée. Le budget participatif a concrétisé les projets attendus par les habitants.

Budget participatif | Sud Kivu | Congo | Banque mondiale

Ce pont est venu faciliter la vie des écoliers et sécurise le chemin de l’école. Il a été financé par le budget participatif // C Banque mondiale

Et c’est par l’envoi d’un SMS que les habitants ont pu décider. Il leur suffisait d’indiquer le numéro de leur projet prioritaire.
C’est l’idée d’ICT4Gov, une initiative de la Banque mondiale qui développe les technologies pour plus de démocratie. Boris Weber, son promoteur, la justifie par son faible coût au regard de son efficacité : « les habitants n’ont peut-être pas l’électricité à la maison, mais leurs téléphones sont toujours chargés.« 

L’argent n’arrivait pas

Au départ, la Province du Sud-Kivu était dans une impasse. En temps normal, elle doit transférer les financements aux autorités territoriales pour qu’ils assurent services locaux. Mais elle ne le faisait pas. Le manque d’initiative et des questions sur l’usage des fonds ne l’y encourageaient pas. Au niveau local, la gestion des fonds, plus individuelle que collective, ne se distinguait pas par sa transparence.

Budget participatif | sud kivu | Congo | film

Extrait du film « Budget Participatif, une réalité au Sud Kivu ». Cette expérience a inspiré le développement de la démarche au niveau national. // C PRCG/BM

Les citoyens ne voyant rien venir, les taxes et les impôts n’étaient pas payés. Tout le monde attendait que les bailleurs de fonds et les ONG financent les projets prioritaires.
En 2011, les autorités provinciales et territoriales ont fini par tomber d’accord pour créer un budget participatif, encouragé par la Banque mondiale et appuyé sur l’expérience de l’Assoal, une association camerounaise (à Yaoundé, en 2009, elle a fait participer 49 000 habitants sur 269 000 !).

A écouter : l’interview sur radio Okapi d’Henry Christian Longendja. L’expert en éducation civique explique comment les communautés locales participent au débat sur les ressources publiques et sont associées aux décisions relatives à leur affectation et leur suivi.

Les SMS n’ont pas servi que de bulletin de vote. Ce média a transmis l’information sur les réunions de quartier, leurs priorités et, au final, les décisions des habitants. Au final, la transparence de la démarche a aussi fait progresser le civisme fiscal, avec un respect des règles jusqu’à seize fois plus élevé  ! Tiago Peixoto, de la Banque mondiale, explique : « les habitants se rendaient compte qu’on ne pouvait pas faire parce qu’il n’y avait pas assez d’argent, donc ils payaient davantage.« 


Aujourd’hui, le gouvernement du Sud-Kivu ne transfère plus d’argent qu’aux villes qui ont adopté un budget participatif. Fin novembre, le Forum national sur le budget participatif a créé une charte nationale sur la participation citoyenne en République démocratique du Congo.


En savoir plus : voir le film : « Budget Participatif, une réalité au Sud Kivu » auteur : PRCG/BM