En avril, j’animai la lancement du Budget participatif de l’Université Paris-Nanterre, d’un montant-record de 50 000 €.
Universités, villes, qu’est-ce qui fait la différence entre ces budgets participatifs ? Réponse en 5 points.

1- Combien d’universités sont engagées dans un budget participatif ?

Avec le lancement du Budget participatif de l’Université Paris-Nanterre le 18 avril dernier, la France compte à présent 6 universités engagées sur 74 affiliées à la Conférence des Présidents d’Université.

C’est Tours qui a commencé la première en 2017. Au départ limitée, la participation a pris son envol dès 2018 pour atteindre le quart des 5700 étudiants concernés. Cette année-là, Rennes 2 proposait à ses 24 000 étudiants de décider d’un budget de 34 000 €.

Depuis Toulon (9500 étudiants), Grenoble-Alpes (60 000), récemment Paris 13 (24 000) et, à présent, Paris-Nanterre (33 000) ont rejoint le mouvement. Deux autres universités devraient à leur tour se lancer cette année.


2- Quels montants les universités consacrent-elles au budget participatif ?

Comme pour les villes, les montants engagés par les Universités sont variables. Cependant, ils n’atteignent pas les écarts de 1 à 10 (et bien plus encore) observés pour les communes.

Les Universités proposent des montants par étudiant compris entre 0,60 € pour Grenoble-Alpes et ses 60 000 étudiants à 3,50 € pour Tours avec seulement 5 700 étudiants. En valeur absolue, Paris-Nanterre consacre 50 000 € à son budget participatif. Rennes 2 est à 34 000 € et Toulon approche les 10 000 €.

L’Université de Paris-Nanterre a choisi de consacrer 1 € par étudiant au budget participatif et le Crous de l’Académie de Versailles a abondé ce budget d’une somme de 17 000 €, soit un total de 50 000 €.

Les ressources de ce budget participatif, à l’image de ce que semblent proposer les autres universités, sont issues de la Contribution à la vie étudiante et de campus (CVEC), une contribution payée ou dont sont exonérés les étudiants pour accéder aux études supérieures.


3- Étudiants et habitants : des projets identiques ?

A Paris-Nanterre, les étudiants doivent déposer des projets en lien avec la valorisation des espaces intérieurs ou extérieurs, la responsabilité sociétale et le développement durable, la qualité de vie et la santé des étudiants.

Des thématiques cohérentes avec les objectifs de la CVEC et proches des priorités exprimées… par les habitants dans les villes.

Les projets votés par les étudiants visent par conséquent à améliorer la vie quotidienne sur les campus : prises pour recharger les (téléphones) portables, fours micro-ondes dans les espaces de restauration, mobiliers extérieurs, babyfoots ou encore cendriers incitatifs pour encourager la propreté. A Paris-Nanterre, les étudiants pourront aussi proposer des projets en fonctionnement. Une première.

Plus originaux, un espace de sieste a été voté l’an passé à Rennes. A Tours, il s’agissait de capsules. Ces équipements visent des objectifs de bien-être mais peuvent faire douter de la motivation au travail des étudiants ! Enfin, des projets solidaires émergent, à l’image d’un distributeur de protections périodiques dans la capitale bretonne.


4- Quelle participation à ces budgets participatifs ?

Le budget participatif de Paris-Nanterre a été décidé par les étudiants. Il est issu d’une consultation sur le projet d’établissement qui a eu lieu en 2018 et qui a enregistré une participation de 10%. L’Université a défini près de la moitié des axes stratégiques à partir de cette consultation.

Sur les chiffres de participation, il est encore trop tôt pour savoir mais, après une première édition peu encourageante, l’Université de Tours – ou au moins les campus concernés – a atteint une participation proche du quart des étudiants sur un effectif de 5 700 étudiants cependant.

A noter enfin une autre particularité à Paris-Nanterre, les personnels aussi pourront déposer leurs idées et voter au budget participatif.  
A y regarder de plus près, au plan des villes, c’est toujours le cas. Les élus et les personnels peuvent (presque) toujours aussi déposer et voter !


5 – Comment se déroulent ces budgets participatifs ?

Une phase de dépôt des idées, une autre d’analyse et de chiffrage, un vote des étudiants (et des personnels à Paris-Nanterre) pour finir par la réalisation des projets : les budgets participatifs des universités présentent un déroulé identique à ceux observés dans les villes.

Peut-être serait-il intéressant de valoriser des forums des idées pour accroître l’intérêt et le suivi des projets ? En effet, alors que les habitants d’une ville ne déménagent pas d’une année sur l’autre, la vie étudiante est limitée dans le temps : départ pour un autre diplôme, sortie vers la vie active ou, tout simplement, faible investissement dans la vie universitaire.

J’animai le lancement du Budget participatif de l’Université Paris Nanterre, le 18 avril dernier, en présence de Coline Vanneroy de Cap Collectif, Jean-François Balaudé, président de l’Université Paris-Nanterre, et Alexandre Aumis, Directeur général du CROUS de l’Académie de Versailles.

A Nanterre, les étudiants ont jusqu’au 16 mai pour déposer des projets qui ne seront votés qu’en septembre et réalisés en 2020. Dès lors, tous les étudiants qui déposeront ne verront peut-être pas leurs projets aboutir même si il est voté. C’est sans doute là, la principale limite de l’exercice.


Bilan|Les étudiants, des citoyens comme les autres ?

Le lancement du budget participatif à Paris-Nanterre est l’opportunité de faire le point sur les projets qui naissent de ces programmes dans les universités. Les sommes sont encore modestes, mais la volonté est là. D’autant que les ressources proviennent des contributions étudiantes.

Les projets proposés se ressemblent d’une université à l’autre, comme ils se ressemblent d’une ville à une autre. Et cela n’a rien de surprenant car ils correspondent aux aspirations à se réapproprier l’espace public et y privilégier un vivre-ensemble apaisé, respectueux de l’autre et de l’environnement.  

J’ai l’habitude de dire que les citoyens sont des politiques comme les autres. Les projets qu’ils déposent, les campagnes qu’ils mènent, leurs votes : tout dans leur stratégie est pensé pour voir leurs idées gagner dans les urnes et améliorer la qualité de vie et le vivre-ensemble.

Reste à savoir comment des étudiants qui, par définition, visent d’abord un diplôme, s’approprieront le budget participatif .


Crédits photos : Universités Paris-Nanterre et Rennes 2