Les budgets participatifs visent à renouer un lien de confiance entre les citoyens et les institutions. En 3 ans, leur nombre a été multiplié par près de 8. Il faut maintenant aller plus loin et dépasser un paradoxe :  alors que l’engagement citoyen se répand dans toutes les dimensions de notre société, les élections réunissent toujours moins de votants. 

 


1 – De la démocratisation à la participation


Le renouveau des budgets participatifs a démarré en 2014 avec l’élection de nouvelles équipes municipales décidées à faire de la politique autrement. D’abord lancés par des exécutifs de la gauche progressiste, le panorama 2017 montre que des communes dirigées par le centre s’empare du programme à leur tour.

A l’origine, le budget participatif de Porto-Alegre voulait démocratiser la démocratie et faire participer les quartiers les plus démunis à la vie de la cité. Il s’agissait de réorienter les ressources publiques. En France, « le retour des caravelles » a d’abord visé à redynamiser la démocratie locale en dotant les conseils de quartier de leur propre budget.

Aujourd’hui, le programme vise en premier lieu à « booster » la participation citoyenne. Pour ce faire, il s’appuie sur une part du budget d’investissement et s’articule autour d’un cycle de 5 à 6 étapes-clés. Ce modèle, horizontal, est devenu une « norme » et les plateformes de participation « civic-tech » contribuent à sa diffusion.

Il s’appuie aussi sur une promesse forte : « Vous décidez, nous réalisons ».  A partir de l’instant où un projet est voté par les habitants, les élus s’engagent à sa réalisation. Au plan politique, le programme est ainsi une réponse à la perte de confiance dans la parole des élus.  Vis à vis des citoyens, il s’agit de répondre à leur aspiration à être associé, concrètement, à la vie de la cité.


2- L’engagement citoyen est partout. Sauf dans les urnes


Cette aspiration, cette volonté d’être associé à la décision est la face positive d’une médaille aux multiples revers : rejet du politique, défiance envers les médias, succès des discours populistes… Ce constat a été maintes fois présenté et analysé. Le budget participatif est une des réponses pour recréer du lien entre les citoyens et leurs représentants élus.

Aujourd’hui, l’engagement citoyen se répand dans toutes les dimensions de la société. La consommation devient citoyenne ; on peut acheter bio, durable, équitable, local… L’entrepreneuriat devient citoyen et veut agir pour l’intérêt général. Les entreprises s’investissent dans le champ citoyen via leur fondation. Le mécénat de compétences attire ou retient les talents en leur ouvrant la possibilité d’œuvrer sur des projets d’intérêt général.

La démocratie aussi se réinvente, depuis les mouvements de places jusqu’aux civic-techs. Les mouvements politiques qui ont émergé cette année ont, eux aussi, su capter ce mouvement. Ils redonnent de l’initiative au terrain. Ils privilégient des formes d’organisation plus horizontales et répondent aux aspirations d’un engagement plus concret, plus simple, et surtout plus ponctuel.

Paradoxe : les élections réunissent toujours moins de votants. Les citoyens, en particulier les jeunes, délaissent les modes de participation traditionnelle. Nos institutions municipales, territoriales, doivent et peuvent se transformer, en donnant aux citoyens davantage de place à de nouveaux modes de participation. Le budget participatif en est un.

 


3- Plus de budgets participatifs. Et moins de budget


Le renouveau des budgets participatifs en France depuis 2014 met en évidence cette  prise de conscience des nouvelles formes d’engagement.  En l’espace de 3 ans, le nombre de programmes a été multiplié par près de 8. De 2016 à 2017, il a presque doublé. A mi-mandat, d’autres équipes auront sans doute le souci d’engager une nouvelle phase de leur action municipale.

L’arrivée de nouveaux entrants n’est pourtant pas qu’une bonne nouvelle. Elle montre le dynamisme des budgets participatifs, mais la baisse de près de 3 € du montant moyen par habitant consacré aux programmes est un recul. Il est régulièrement justifié par un objectif d’expérimentation. Il faut souhaiter que courbes évoluent positivement.

Il est admis que plus le montant du budget participatif est élevé et plus il encourage la participation. Il engendre davantage de réalisations visibles. Elles-mêmes apportent la preuve que le contrat « Vous décidez, nous réalisons. » est respecté. Pour le moment, outre Paris, 13 villes figurent au-dessus de la moyenne du classement des montants par habitant.

 


4- Redonner du crédit au politique ? une volonté politique


Récemment, des bonds de participation sans augmentation des budgets ont pu laisser penser que le montant n’était pas l’unique clé de la mobilisation des citoyens. C’est vrai, les moyens accordés à la communication et au vote ont montré que l’ingénierie, mais aussi l’implication des élus, des agents de la fonction publique ou des porteurs de projet était essentielle.

Il faut aller plus loin. La volonté politique est la clé de cette réussite. Décider un budget participatif pour améliorer son image, ce sera au mieux satisfaire les rares porteurs de projet qui verront leur idée se réaliser et qui sont, en réalité, déjà investis dans la vie de la cité (et dont on connaît souvent déjà la sociologie électorale).

Le budget participatif est une opportunité pour redonner du crédit à l’action politique. Il est un complément utile aux décisions du conseil municipal. En s’engageant dans le budget participatif, les collectivités s’approprie un des outils qui mènera à des décisions plus concertées, plus intelligentes et plus collectives.

 


5- De la participation électorale à l’engagement citoyen


Aujourd’hui, le budget participatif gagne du terrain. L’effet capitale est un sérieux atout pour son développement. Rennes et Grenoble ou encore Metz ont montré que des métropoles pouvaient s’en saisir. Lille s’engage à son tour. A présent que le modèle se consolide, il va monter en puissance. Il s’agit maintenant de s’engager plus fortement, financièrement et… politiquement.

Alors que les élections sont de plus en plus délaissées, l’engagement citoyen, lui, gagne toutes les dimensions de note société. Il faut prendre en compte les nouvelles formes d’engagement et redonner aux citoyens les moyens de participer dans le cadre de nos institutions territoriales. Le budget participatif est un moyen concret de répondre à cette aspiration.