Pionnière, Chicago a initié le mouvement en 2009. Elle a été depuis rejointe par New-York, Boston, San-Francisco, Saint-Louis ou encore Vallejo en Californie. Le  « participatory budgeting » américain compte des soutiens au plus haut-niveau, à l’image de Barack Obama.

Chicago, 3ème ville des États-Unis, plus de 2,5 millions d’habitants, au sud-ouest du Lac Michigan. La ville fut longtemps l’un des laboratoires de la modernité. Elle fut aussi la ville d’Al-Capone et reste l’une des villes les plus dangereuses du pays. Frappée par la désindustrialisation, elle est toujours l’une des grandes places financières mondiales et le siège des géants Boeing ou Mac Donald’s. C’est ici qu’est né le premier budget participatif américain.

Joe Moore, l’initiateur

En réalité, ce n’est pas Chicago dans son ensemble qui lance, en 2009, le budget participatif mais son 49ème Ward (une division comparable à un arrondissement en France et dirigée par un Alderman.)
Ce Ward de 60 000 habitants, bordé par le lac Michigan (photo de couverture), est réputé pour sa diversité – 60 langues y seraient parlées. A sa tête, le démocrate Joe Moore y est élu sans discontinuer depuis 1991. Il est connu pour être à l’origine de la « Chicago Big box ordinance », en 2006. Ce règlement contraint la grande distribution, à l’image de Wal-Mart ou Target, à rémunérer leurs salariés un minimum de 10 $ de l’heure « pour mettre leur famille à l’abri de la pauvreté.« 

Joe Moore, Alderman du 49th Ward de Chicago est à l’origine du « participatory budgeting ».

Joe Moore, Alderman du 49th Ward de Chicago est à l’origine du « participatory budgeting ».

En 2009, Joe Moore crée le premier budget participatif américain. Il décide de consacrer la totalité de son budget d’Alderman au « participatory budgeting », soit plus d’un million de dollars. Dans une tribune publiée dans le Chicago Times, il explique vouloir en finir avec les décisions prises « derrière des portes closes » et appelle à un nouveau modèle de gouvernance qui donne davantage de pouvoir aux citoyens. Le magazine alternatif « Yes ! Magazine » salue l’initiative : « dans une ville dont l’histoire est marquée par la corruption et le manque de transparence, un élu redonne du sens au terme  »argent public ». »

« Participatory budgeting »

Aux citoyens, le discours tenu a le mérite de la clarté : « Real decisions about real money ! » (De l’argent pour vos décisions !). Il convainc plus de 1600 habitants à voter. Le « participatory budgeting » de Joe Moore s’inspire directement de l’expérience de Porto-Algre. Il est initié au plus près des habitants et aboutit à des propositions concrètes, réalistes et d’intérêt général. « Yes ! Magazine » explique alors l’intérêt suscité par le projet. Les électeurs se sont déplacés, « non pour élire une personnalité qui déciderait à leur place, mais pour leurs propres décisions.« 


Aujourd’hui, huit Wards sont engagés dans un processus de « participatory budgeting » et Rahm Emanuel, maire de Chicago, a mis sur pied une équipe spécialisée pour encourager les 42 autres Aldermans à se lancer. L’histoire ne dit pas si l’ancien chef de cabinet de la Maison blanche a inscrit le budget participatif dans le plan d’action Open Government de Barack Obama, mais cette reconnaissance fédérale, renouvelée en octobre 2015, veut inciter de nouvelles villes à se lancer.


« Votez pour savoir savoir comment dépenser 1,3 M. $ ! » // CC Samuel A. Love

« Votez pour savoir savoir comment dépenser 1,3 M. $ ! » // CC Samuel A. Love