En seulement 25 ans, le budget participatif s’est diffusé du Brésil au monde entier. Après Porto-Alegre, des experts et des institutions internationales vont diffuser le programme, à l’image d’Yves Cabannes ou de la Banque mondiale. Episode 2 : « Le retour des caravelles ou les budgets participatifs à la conquête de l’Europe et du monde »

Yves Cabannes, très actif dans la diffusion du budget participatif

Yves Cabannes, au Brésil au moment de Porto-Alegre a été très actif dans la diffusion du budget participatif.

Yves Cabannes est sans doute le premier à comprendre une idée essentielle : le budget participatif peut être adaptée à des contextes variés. Cet urbaniste cosmopolite travaille pour le Programme de Gestion Urbaine des Nations Unies pour la zone Amérique latine-Caraïbes. Il va œuvrer à la diffusion de cette innovation démocratique, au sein des institutions et ONG avec lesquelles il collabore.

L’urbaniste est aussi fin stratège. A l’issue des séminaires internationaux, les délégués signent des accords. Yves Cabannes fait signer des engagements, pour la mise en œuvre de budgets participatifs ! L’’innovation se déploie ainsi en Amérique latine, en Europe ou en Afrique, faisant de « [ces] expériences de démocratisation de l’administration publique […] des contributions de l’Amérique latine à l’échelle mondiale.« 

Le retour des caravelles

Giovanni Allegretti, l'italien cosmopolite, très actif aussi pour la diffusion du budget participatif

Giovanni Allegretti, l’italien cosmopolite, très actif aussi pour la diffusion du budget participatif

Ce mouvement de l’Amérique latine vers l’Europe suscite l’intérêt de la communauté scientifique. C’est le « retour des caravelles » comme le décrit le politiste français Yves Sintomer. Pour son collègue allemand, Carsten Herzberg, le budget participatif est tout simplement le « vaisseau-amiral » de la démocratie participative. De fait, de plus en plus d’universitaires étudient l’initiative brésilienne. Par leur travail, ils contribuent à légitimer le programme.

L’architecte et chercheur italien, Giovanni Allegretti, est un artisan de la diffusion du budget participatif dans son pays, mais aussi en Albanie ou en Afrique du Sud. Il collabore avec Yves Sintomer et Carsten Herzberg pour l’enquête mondiale sur la diffusion et l’évolution du dispositif. Leur étude confirme les propos d’Yves Cabannes. Le budget participatif est transférable, s’adapte à des contextes variés et s’hybride pour répondre aux enjeux locaux.

Une nouvelle politique publique

Après le prix ONU-Habitat remis à la ville de Porto-Alegre en 1996, les Nations Unies, la Banque mondiale ou Cités Unies s’intéressent à Porto-Alegre. Dès 1999, elles s’y sont retrouvées pour un premier rendez-vous. L’année suivante, elles ont encouragé le développement du budget participatif dans la zone andine depuis San Salvador au Pérou.

La diffusion du budget participatif doit ainsi beaucoup à leur travail. Elles ont œuvré pour faire d’un projet idéologique un nouvel instrument de politique publique, avec ses objectifs, ses techniques et ses indicateurs d’évaluation, ouvrant de nouvelles perspectives au programme.


En Europe, on comptera en 2002 une vingtaine d’expériences de budget participatif, en 2005 : 55 et déjà en 2008 : une centaine. Depuis, les grandes capitales européennes se sont lancées à l’image de Lisbonne, Paris ou plus récemment Madrid. Des réseaux de professionnels se sont constitués et, dans les villes, une nouvelle génération d’élus et de techniciens émerge. Elle sait que pour faire vivre la citoyenneté, la démocratie doit s’exercer concrètement.


Lire aussi l’épisode 1 :  « Porto-Alegre, l’anti-Davos ou la capitale d’un autre monde possible »

Source principale : Osmany Porto de Oliveira, « La diffusion globale du budget participatif : le rôle des « ambassadeurs » de la participation et des institutions internationales », Participations 2016/1 (N° 14), p. 91-120. DOI 10.3917/parti.014.0091