En 2018, le Gers lançait le premier budget participatif départemental et battait des records de participation, avec 34 000 votants. En 2019, le BPG 2, celle-ci s’envole de 36% avec 47 660 votants !

D’après la notice du projet, la boîte à musique de l’association Vivre toujours visait à « favoriser le lien social » ou encore à « apporter joie et sérénité aux résidents de la maison de retraite » de Samatan. « Depuis que la boîte à musique a été installée, ils se la disputent entre les étages ! », raconte Jean-Sébastien Massenez, le directeur de cabinet du président du Département du Gers, Philippe Martin. Pas une grande réussite par conséquent ?

« Depuis que la boîte à musique a été installée, ils se la disputent entre les étages ! »

Jean-Sébastien Massenez, directeur de cabinet de Philippe Martin, président du Département du Gers

Pour la première édition du budget participatif du Gers, en 2018, les 2 400 habitants de Samatan et du canton ont donc décidé de voter pour le financement d’une boîte à musique à destination de leurs voisins et aînés de la maison de retraite.

Depuis les pensionnaires de l’EHPAD peuvent écouter les chansons qui passaient dans les bals, celles qui accompagnaient les troisièmes mi-temps ou encore les derniers morceaux vus et entendus dans The Voice.

Dans la description du projet, il est aussi question de lotos, de quizz musicaux, de karaokés. Bref, de mieux vivre. Et hormis quelques querelles d’étages, l’objectif paraît atteint !


Le premier budget participatif départemental

Des projets comme ça, le Gers en a fait pousser une quarantaine dans tous les cantons. En 2018, le Département a été le premier à inaugurer un budget participatif à cet échelon territorial. Depuis, les exemples se multiplient, à l’image de la Nièvre, des Landes, des Deux-Sèvres ou encore de l’Aude. Déjà le Loiret s’était lancé autour des Parcs de sa compétence.

Il ne suffisait pas d’avoir l’idée, il fallait encore la mettre en œuvre et pour cela, il a fallu de la volonté politique. Et même en redoubler puisqu’il s’agit d’une innovation. Est-ce bien sûr juridiquement ? Comment les élus et, en particulier, les maires vont-ils réagir ? 


Le XXI arrondissement

Le Gers s’est imaginé en XXIème arrondissement parisien en s’inspirant de l’expérience de la capitale. Les élus ont mouillé la chemise sur les marchés, au cours d’une tournée départementale à l’audience inédite ! De son côté, La Dépêche du Midi a suivi l’affaire de près, réunion publique après réunion publique, de canton en canton.

Un ancien Président de la République a même voté. En novembre 2018, 36 projets étaient élus par 34 000 Gersois – et un Corrézien – soit une participation de près de 18% de la population du Département. Un record. En 2019, les chiffres ont encore progressé.


Répondre à un sentiment d’abandon

Cette réussite a aujourd’hui valeur d’exemple pour de nombreux départements ruraux. Dans des zones où les habitants s’inquiètent de voir les investissements baisser et les services publics s’éloigner, le budget participatif marque d’abord le retour de l’investissement public

M. Massenez va plus loin. A l’origine du budget participatif gersois, appelez-le « BPG », il y a le constat d’une défiance vis à vis des institutions : un sentiment d’abandon des territoires ruraux – que d’aucuns élargiront à la France périphérique – d’une part. D’autre part, il y a le temps des institutions et, pour les citoyens, leur manque de réactivité.

Le BPG n’est pas né de ces seuls constats, mais il en a fait son ADN. A chaque canton son projet-lauréat. A chaque projet-lauréat un maximum d’un an entre son vote et sa réalisation.


De l’admiration au pragmatisme

Quand il raconte sa visite à la maison de retraite de Samatan, il y a de l’admiration dans la voix de M. Massenez. De l’admiration pour ceux qui ont porté ce projet tout simple, mais qui change la vie des pensionnaires. De l’admiration et du pragmatisme aussi.

« Le Département est capable de réaliser des investissements d’intérêt général, des investissements structurants, mais nous n’aurions jamais pensé à cette idée toute simple pour la vie des résidents. » 

Jean-Sébastien Massenez, directeur du cabinet de Philippe Martin, président du Département du Gers