Le budget participatif vise la participation citoyenne des habitants. Du Porto-Alegre des origines à Paris et ses 30 millions d’euros réservés aux quartiers populaires, comment répondre à l’enjeu de l’inclusion des « invisibles » ?

En 1989, quand Olivo Dutra lançait le premier budget participatif au monde, à Porto-Alegre, avec le Parti des Travailleurs, il visait la transformation de la démocratie. Le budget participatif n’était pas un simple outil de réorientation des ressources financières au profit des quartiers défavorisés, Il visait à redonner du pouvoir à leurs citoyens.

Le budget participatif permit des réalisations qui améliorèrent directement le quotidien des habitants. Mais ce ne fut pas tout. Le programme eut un effet « d’empowerment » des citoyens, sur un principe de pédagogie inversée. Les habitants apprenaient à définir leurs besoins, à argumenter leurs priorités et finalement à revendiquer leur existence politique.

A travers le budget participatif, les habitants des quartiers défavorisés de Porto-Alegre (re)prenaient leur place dans le système démocratique qui ne leur donnaient pas (ou trop peu) la parole et qui menaçaient de les laisser sur le bord du chemin.


Le retrait de la participation menace la démocratie


Près de trente ans plus tard, la question se pose, légitime, du rôle du budget participatif dans l’inclusion de celles et ceux qui (se) sont exclus du processus démocratique. Les causes de l’exclusion politique peuvent être liées à la défiance dans les institutions et les politiques.

Au-delà, le retrait de la participation est une menace pour la démocratie. L’absence de culture politique n’est pas simplement une aubaine pour les discours populistes qui ne font que « sentir » la société. Le retrait de la participation, c’est aussi le retrait de la culture démocratique, de l’expression des idées, du dialogue : les bases nécessaires aux compromis qui fondent notre démocratie.

Le budget participatif est toujours une sérieuse option pour tenter de remédier au retrait de la vie citoyenne. Dans le passé, les expérience de Porto-Alegre et d’autres ont montré son potentiel. Le travail mené à San Antonio au Chili, par exemple, tend à prouver que cette option est toujours d’actualité.


L’inclusion passe par la réalisation des projets de ces publics


Cependant, cet objectif est-il toujours la priorité, de nos jours, en France  ? A Paris, la Mairie consacre depuis 2016, 30 des 100 millions d’euros annuels du budget participatif aux quartiers populaires – composés des anciens et des actuels quartiers prioritaires de la Politique de la Ville.

Cet effort de justice sociale vise à favoriser l’élection des projets issus de ces quartiers. Lors du vote dans l’arrondissement, tant que l’enveloppe spécifique n’a pas été consommée, les projets – mêmes moins bien classés en nombre de votes – peuvent être inscrits sur la liste des lauréats.

Il s’agit d’apporter la preuve que la promesse « Vous décidez, nous réalisons » n’est pas vaine et en particulier auprès de populations réputées éloignées de la vie citoyenne. Pour l’écrire plus simplement, l’objectif c’est l’inclusion. Encore faut-il que les habitants de ces quartiers s’approprient le budget participatif. Nous y reviendrons.

 


Bilan : deux approches de l’inclusion


Des origines brésiliennes à l’actualité française, le budget participatif s’est inscrit dans de nouveaux objectifs. Alors qu’à Porto-Alegre, il s’agissait avant tout de redonner sa place dans la démocratie à une population qui en était écartée. De nos jours, le programme parisien est l’un des rares à s’engager en faveur quartiers les moins favorisés. Cependant, à l’image de la cinquantaine des budgets participatifs, il vise d’abord à booster la participation citoyenne.


A suivre : Peut-on encore faire du budget participatif un outil d’inclusion ?