Après une première série consacrée au développement des budgets participatifs en Europe et en France, le consultant italien revient avec nous sur les objectifs politiques de ces programmes, les limites des civic-tech et le rôle des consultants dans l’innovation.

1- Politiques : pour plus de démocratie ou pour résoudre des problèmes locaux ?

Giovanni Allegretti note deux types de politiques. Les déontologiques pour qui le budget participatif accroît la démocratie en donnant davantage de pouvoir aux citoyens. Les conséquentialistes qui visent au-delà, avec des objectifs précis. Exemples. En Suède, pas de problème de confiance entre politiques et citoyens, il s’agit en revanche de dynamiser une société passive (et d’inclure les minorités). Au Danemark, il s’agit de limiter l’exode rural en dotant les villes rurales d’équipements habituels dans des villes plus grandes.

Le budget participatif est-il un allié du politique ? En Europe, il vise principalement à renouer la confiance entre citoyens et politiques. Aux Etats-Unis, Josh Lerner, du Participatory budgeting project, indique par ailleurs que le programme accroît la popularité des politiques de 10%.

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Les civic-tech et leurs limites

Pour Giovanni Allegretti, le budget participatif ne doit pas aboutir à une somme de participation, mais conduire à un processus de décision collective, propice à la formation politique (empowerment). Difficile à atteindre si chacun est chez lui derrière son écran ! « L’idée, c’est de ne pas reproduire les exclusions de la démocratie représentative. » L’universitaire s’interroge aussi sur les cycles de deux ans ou les restrictions au vote des mineurs.

70% des communes font appel aux civic-tech, avec une plate-forme digitale pour déposer ses idées et, généralement, voter. Le vote peut être consultatif, comme à Metz où il s’agit de « connecter dans la vraie vie. »

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L’avenir : uniformisation ou innovation ?

Pour Giovanni Allegretti, « l’innovation est un devoir moral du consultant. »  Au Portugal, la domination de deux plates-formes peut être un frein à cette innovation. Le programme doit s’adapter aux enjeux locaux et les habitants avoir leur mot à dire sur les règles. Il cite aussi des exemples, comme cette ville où les idées non retenues peuvent être réalisées grâce au financement participatif. Pour 1€ des contributeurs, la ville ajoute 1€. Autre exemple, un budget participatif sur les dépenses et… les recettes.

En France, les budgets participatifs se déroulent en cinq étapes : décision municipale, dépôt des idées, analyse technique, vote et réalisation. Des étapes de pré-sélection par les habitants, d’idéation ou de co-construction des projets… sont apparues pour renforcer ou adapter le programme.

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Bilan : du pouvoir oui, mais pour décider ensemble


Les budgets participatifs sont-ils une innovation démocratique en voie d’uniformisation ? Pour Giovanni Allegretti, l’innovation est un « devoir moral » du consultant. Il faut éviter que les plates-formes de participation enferment les villes dans un schéma et les citoyens chez eux. Les politiques doivent aussi fixer des objectifs ambitieux au budget participatif. L’Universitaire juge courageux ceux qui ne veulent pas seulement donner du pouvoir aux citoyens, mais s’attaquer ensemble aux problèmes d’un territoire. A quoi bon décider ensemble si rien ne change ?


Image de couverture : Giovanni Allegretti, lors de l’AG de l’Institut de la Concertation et de la Participation citoyenne, à Paris le 10 novembre dernier.