Le nombre de budgets participatifs double chaque année en France. Depuis la dernière élection municipale et aujourd’hui, le pays est passé de 6 à près de 200 collectivités engagées. De quoi parle-t-on au juste ? 10 réponses aux questions les plus courantes.

1- Un budget participatif, c’est quoi ?

C’est d’abord de l’argent et donc du pouvoir. Gouverner, c’est prévoir. Gouverner, c’est aussi faire des choix entre des projets, des politiques publiques financées par le budget de la collectivité.
Le budget participatif, c’est de l’argent alloué par la collectivité pour réaliser les projets proposés et votés par les citoyens non élus selon un principe simple « Vous décidez. Nous (collectivité) réalisons.« 

2- Du pouvoir, de l’argent… mais beaucoup d’argent ?

En général, le budget participatif représente autour de 5% du budget d’investissement de la collectivité, c’est à dire 5% du budget qui finance les projets « en dur », c’est à dire des aménagements qui ont lieu dans l’espace public : voirie, espaces verts, mais aussi à l’intérieur des équipements : crèches, écoles, terrains de sports, médiathèques…
Le budget participatif ne s’appuie jamais sur le budget de fonctionnement qui permet de payer les salaires des personnels en charges des services publics par exemple.

Le montant/habitant, un indicateur lesbudgetsparticipatifs.fr
L’enquête nationale lesbudgetsparticipatifs.fr calcule chaque année le montant par habitant consacré par les collectivités au budget participatif. En 2018, le montant-type était de 5 € / habitant. De grandes villes se distinguent cependant : Paris : 45€, Rennes, Avignon, Montreuil : autour de 15 € ou encore Bordeaux et Clermont-Ferrand : autour de 10 €. De plus petites dépassent les 20 € / habitant, à l’image de Firminy, Jarny, Grande-Synthe…

3- A quoi servent ces financements ?

Les projets des budgets participatifs se concentrent sur le cadre de vie et l’environnement : plus de vert, de biodiversité, des espaces publics partagés, des pistes cyclables…
De plus en plus des projets en lien avec la solidarité sont plébiscités : frigos solidaires, accès aux personnes en situation de handicap, services pour les sans-abris…

Des budgets participatifs verts
Les collectivités lancent à présent des budgets participatifs thématiques sur le développement durable en particulier. Les élus associent alors les habitants à des enjeux précis. Bordeaux, Metz ou le Département de Seine-Saint-Denis ont choisi cette voie.

4- Au-delà des projets, quel est l’intérêt du budget participatif?

Les budgets participatifs ont été créés pour développer la participation des citoyens, recréer du lien social et retisser un lien de confiance avec le politique. Ils répondent plus généralement à l’aspiration d’une démocratie plus participative, plus directe et plus concrète. Avec parfois également un objectif de justice sociale, comme à Paris.

5 – Alors tout le monde peut participer ?

Tous les habitants d’une collectivité engagée dans un budget participatif, peuvent proposer leurs idées ou voter qu’ils aient ou non le droit de vote (étranger hors UE) ou être en âge (dès 13 ans par exemple).
Actuellement en France, un taux de participation 5% est un bon résultat.
(calcul sur la base de la population totale et non les listes électorales !)
L’essor des budgets participatifs est récent et leur notoriété encore faible. Leur intérêt ou leur fonctionnement restent méconnus des citoyens.

6- Et ça peut changer la participation démocratique ?

Les budgets participatifs sont un outil d’expression et de décision des citoyens. Ils s’investissent dans la vie de la cité et participent à la décision publique. Cette participation démocratique peut conduire à l’empowerment des citoyens.
Les budgets participatifs appartiennent aussi à une nouvelle offre politique qui assume un exercice du pouvoir partagé, entre élus et citoyens.

7– Et alors, les politiques ? Ils en pensent quoi ?

lesbudgetsparticipatifs.fr interrogent régulièrement des élus convaincus qu’il faut davantage partager la décision. Il ne s’agit plus de convoquer les citoyens tous les 5-6 ans pour les élections.
Pour Yves Sintomer, auteur de Les budgets participatifs en Europe, les enjeux pour le politique peuvent être de « démocratiser la démocratie« , d’associer les citoyens pour réorienter les ressources ou encore moderniser l’administration. Moins pertinent : agir pour son image.

Régénérer la démocratie représentative
Le budget participatif est un des outils de la démocratie participative. Au-delà de recréer un lien de confiance avec les élus, il s’agit aussi de redonner confiance dans le « système » en associant les citoyens à la décision ou en leur donnant un pouvoir direct.

8- Concrètement, comment ça marche ?

budget participatif | definition | comment ça marche ? | explication | comprendre
Un budget participatif, comment ça fonctionne ?

En France, en général, on compte 5 grandes étapes depuis la décision de créer le programme jusqu’à l’inauguration d’un projet, en passant par le dépôt d’idées, leur analyse et leur chiffrage par les services de la collectivité et le vote. Des ateliers d’idéation et de co-construction apparaissent pour faire émerger des projets collectifs. Le numérique ne peut pas tout.

9- Mais d’où vient cette idée ?

Cette innovation démocratique est née au Brésil, à Porto-Alegre, en 1989. Les quartiers se réunissaient, décidaient des priorités et élisaient des délégués pour porter leurs projets. Ce modèle a inspiré les modèles sud-américains – où lesbudgetsparticipatifs.fr est allé enquêter – et nos premières expériences françaises et européennes.
Depuis 2014, un nouveau modèle, inspiré de l’expérience lisboète, a contribué au renouveau des budgets participatifs en France.

10 – Alors maintenant, ça existe partout dans le monde ?

Dans son enquête de 2014, l’Institut Nexus évaluait entre 1269 et 2778 les budgets participatifs dans le monde. Ces chiffres reflètent des expériences très différentes d’un pays et d’un continent à l’autre.
De la consultation sur le budget, en passant par des modèles qui se concentrent sur un quartier, se réduisent à un travail avec les institutions locales ou, au contraire, s’ouvrent à des partenaires privés, il n’y a pas un modèle standardisé.

L’enquête nationale lesbudgetsparticipatifs.fr dénombrait 80 budgets participatifs en activité en France en octobre 2018, pour les seules communes, représentant 6 millions de Français. Aujourd’hui, des Départements, à l’image du Gers, et des Régions se lancent à leur tour.
Au moment où cet article est mis à jour, autour de 200 collectivités et institutions sont engagées dans un budget participatif.


En conclusion ?

Les budgets participatifs sont « le vaisseau-amiral » de la démocratie participative, selon le politologue Carsten Herzberg et ils connaissent un renouveau depuis 2014 avec un doublement annuel du nombre de collectivités engagées.

En 2018, la participation-type atteint 4% de la population d’une ville (et non la seule population électorale) et elle progresse à chaque édition. Dans les premières villes engagées, la participation dépasse à présent les 10%. En 2019, dans le Département du Gers, elle approche les 25 %. Ce n’est qu’un début.

Les budgets participatifs sont une nouvelle forme de participation des citoyens. Elle n’a pas vocation à se substituer à la démocratie représentative, mais bien à l’enrichir et la renouveler dans ses pratiques.


Vous avez une question ?  Rendez-vous sur la page Contact