Les budgets participatifs suscitent bien des questions et toujours une curiosité enthousiaste parmi les citoyens que rencontre lesbudgetsparticipatifs.fr. Nous en avons sélectionné une dizaine et avons tâché d’y répondre le plus simplement possible. 

1- Un budget participatif, c’est quoi ?

C’est d’abord de l’argent et donc du pouvoir. Gouverner, c’est prévoir. Mais gouverner, c’est faire des choix entre des projets, entre des politiques publiques qui, par nature, sont financées par le budget de la collectivité. L’argent alloué par la mairie donne, avec le budget participatif, du pouvoir aux citoyens non élus, le pouvoir de proposer, voter et donc décider de projets pour leur ville.

2- Du pouvoir, de l’argent… mais beaucoup d’argent ?

En général, les budgets participatifs représentent autour de 5% du budget d’investissement de la collectivité, c’est à dire 5% du budget qui finance les projets « en dur », à l’image des écoles, des crèches, des routes ou encore des espaces verts. Il ne faut pas confondre ce budget avec le budget de fonctionnement qui paie le salaire des agents communaux ou les dépenses d’électricité ou de chauffage par exemple.

3- 5%, c’est donc très limité…

Actuellement oui ! mais les budgets participatifs connaissent un renouveau depuis 2014. Nous n’en sommes donc qu’au début. L’autre limite, c’est l’imagination citoyenne. Actuellement les montants, le critère d’investissement ou encore la réalisation dans l’année des projets ont tendance à concentrer les idées sur le cadre de vie : plus de vert dans l’espace public ou des pistes cyclables par exemple.

4- Mais quel intérêt si c’est juste pour planter un arbre ?

Les budgets participatifs ont aussi été créés pour faire participer les citoyens qui n’avaient pas la parole, parce qu’ils n’étaient jamais écoutés ou se sentaient incapables d’exprimer leurs priorités. En ouvrant la participation à tous les citoyens, ils donnent la capacité de réorienter des ressources publiques. Avec également un objectif de justice sociale, comme à Paris.

5 – Alors tout le monde peut  participer ?

Tous les habitants d’une commune – qui propose un budget participatif, Français ou non, majeurs ou non (dès 14 ans par exemple) peuvent participer, proposer leurs idées et voter. Actuellement en France, 5% de participation est un très bon résultat. L’essor des budgets participatifs est très récent et leur notoriété, leur intérêt ou encore leur fonctionnement sont encore méconnus des citoyens.

6- Et ça peut changer la participation démocratique ?

Les budgets participatifs sont un outil d’expression et de décision des citoyens. Ils s’investissent dans la vie de la cité et participent à la décision publique. Cette participation démocratique peut conduire à l’empowerment des citoyens. Les budgets participatifs appartiennent aussi à une nouvelle offre politique qui assume un exercice du pouvoir partagé, entre élus et citoyens.

7- Et alors, les politiques ? Ils en pensent quoi ?

lesbudgetsparticipatifs.fr interrogent régulièrement des politiques convaincus qu’il faut davantage partager la décision. Il ne s’agit plus de convoquer les citoyens tous les 5-6 ans pour les élections. Pour Yves Sintomer, auteur de Les budgets participatifs en Europe, les enjeux pour le politique peuvent être de « démocratiser la démocratie », d’associer les citoyens pour réorienter ou moderniser l’administration ou, moins pertinent, agir pour son image.

8- Concrètement, comment ça marche ?

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Un budget participatif, comment ça fonctionne ?

En France, en général, on compte cinq grandes étapes depuis la décision de créer le programme jusqu’à l’inauguration d’un projet, en passant par le dépôt d’idées, leur analyse et leur chiffrage par les services municipaux et le vote. De plus en plus, des ateliers de co-construction apparaissent pour faire émerger des projets collectifs. Le numérique et les civic-tech ne peuvent pas tout.

9- Mais d’où vient cette idée ?

Cette innovation démocratique est née au Brésil, à Porto-Alegre, en 1989. Les quartiers se réunissaient, décidaient des priorités et élisaient des conseillers pour les porter et définir des projets. Elle a évolué depuis mais elle a inspiré les modèles sud-américains – où lesbudgetsparticipatifs.fr est allé enquêter – et nos premières expériences françaises et européennes. Yves Sintomer parle ainsi de « retour des Caravelles ». Les années et le numérique ont ouvert de nouveaux horizons, comme à Lisbonne.

10 – Alors maintenant, ça existe partout dans le monde ?

Dans son enquête de 2014, l’Institut Nexus évaluait entre 1269 et 2778 les budgets participatifs dans le monde. Ces chiffres reflètent des expériences très différentes d’un pays et d’un continent à l’autre. De la consultation sur le budget, en passant par des modèles qui se concentrent sur un quartier, se réduisent à un travail avec les institutions locales ou, au contraire, s’ouvrent à des partenaires privés, il n’y a pas un modèle standardisé.


En conclusion ?

Les budgets participatifs sont « le vaisseau-amiral » de la démocratie participative, selon le politologue Carsten Herzberg. et ils connaissent un renouveau depuis 2014 et l’arrivée de nouvelles équipes au pouvoir dans les villes. Ils ne cessent de s’améliorer année après année. De plus, ils attirent davantage de citoyens à chaque édition, qui apprennent à comprendre leur intérêt et leur fonctionnement. Et c’est d’abord ça qui importe, que les citoyens participent à la vie démocratique, à un moment où ils peuvent se sentir insuffisamment écoutés.