Il est l’un des quatre, avec les Français Yves Cabannes et Yves Sintomer et l’espagnol Ernesto Ganuza, à avoir le plus œuvré à la diffusion des budgets participatifs dans le monde. Universitaire à Coimbra au Portugal, responsable de l’Autorité pour la participation en Toscane, le consultant italien est aussi le coordinateur pour 5 pays du Projet Empatia (à voir ici). Il était de passage à l’Institut de la concertation à Paris et a répondu à nos questions. Première série : le développement en Europe, le budget participatif parisien et le futur budget participatif national du Portugal.

1- Pourquoi un tel développement des budgets participatifs en Europe ?

Pour Giovanni Allegretti, l’explosion des programmes en Europe puise ses origines dans la crise financière de 2008. La crise a réduit les budgets des collectivités et donc leurs investissements. Il faut faire autant avec moins. Pour les politiques, « le budgets participatifs ont redonné de la visibilité à l’investissement municipal« . Ensuite, les médias ont fait découvrir les budgets participatifs et les prix internationaux ont souligné leurs qualités démocratiques.

Combien de budgets participatifs en Europe ? Une vingtaine d’expériences au début des années 2000, une centaine en 2008 et combien aujourd’hui dans toute l’Europe ? Entre 500 et 1000 ? Faute d’étude récente, difficile de le dire. En France, sur 25 programmes, 22 datent de 2014.

♦ Lire aussi nos articles : « l’histoire des budgets participatifs » et « leur diffusion mondiale »


2- A propos de Paris, premier budget participatif mondial

Giovanni Allegretti salue le budget participatif parisien sur trois points : d’abord, pour sa cohérence entre l’annonce politique et sa réalisation concrète ; ensuite, pour son mécanisme d’incitation – quand un arrondissement met 1 €, la mairie abonde d’1€ ; enfin, pour les 30 millions € réservés aux quartiers populaires. L’Universitaire regrette que Paris, et les Français en général, ne valorisent pas davantage leurs programmes à l’international.

Pour sa troisième édition, Paris s’impose au plan mondial avec un montant de 100 millions € en 2016, plus de 44€ par habitant. Le nombre de votants a bondi de 40% et atteint près de 160 000 habitants, 7% de la population. La participation de 83% des écoles n’est pas étrangère à ce résultat.

♦ Lire aussi notre analyse « Comment le budget participatif change (la Mairie) de Paris »


3- Sur le budget participatif national du Portugal

Ce sera une première mondiale en 2017. « L’idée paraissait folle au départ, mais elle a été prise au sérieux ! » raconte Giovanni Allegretti. Elle a aussi ses limites. Outre son montant – 3 millions €, elle s’appliquera dans des villes qui pratiquent le budget participatif – un tiers au Portugal ! – et dans des régions inexpérimentées. La concertation a par ailleurs été limitée. L’universitaire compte, avec ses étudiants, tirer des enseignements de ce programme.

Le Portugal lancera le premier budget participatif national en 2017. Le socialiste Antonio Costa, à la tête d’un gouvernement, est déjà à l’origine du programme de Lisbonne, dont il été maire de 2007 à 2015.

♦ Lire aussi notre enquête « Le budget participatif de Lisbonne, une référence en Europe. »


Bilan : d’une crise à un renouveau


Pour Giovanni Allegretti, le développement des budgets participatifs en Europe a pour origine les réductions budgétaires imposées après la crise de 2008. Les budgets participatifs ont redonné de la visibilité aux investissements et les médias ont fait connaître les budgets participatifs. En France, Paris semble avoir un effet d’entraînement. Aura-t-on un jour un programme national, comme au Portugal ? L’Universitaire note que c’est l’ancien maire de Lisbonne, aujourd’hui Premier ministre, qui est à l’origine de cette première. Pour l’instant, Anne Hidalgo n’est pas candidate pour 2017 !


Image de couverture : Giovanni Allegretti, lors de l’AG de l’Institut de la Concertation et de la Participation citoyenne, à Paris le 10 novembre dernier.