C’est au Brésil, à Porto-Alegre, qu’est né le budget participatif en 1989. En une dizaine d’années, il est parvenu à rassembler plus de 18 000 habitants pour décider des priorités de la ville. La clé de ce succès est double : un véritable pouvoir leur a été confié et des résultats concrets ont amélioré le quotidien dans les quartiers.

En 1989, un an après son élection à la tête de la municipalité de Porto Alegre, le nouvel exécutif lance son premier budget participatif. Le maire, Olívio Dutra, est issu du Parti des Travailleurs. Durant sa campagne, il a promis d’associer les habitants aux décisions qui conditionneront l’avenir de leur ville. Il doit aussi faire face à une assemblée municipale qui n’appartient pas à sa majorité.

Porto-Alegre est la capitale de l’État du Rio Grande do Sul, dans le sud du Brésil. Ce port industriel a une tradition progressiste. // CC Eduardo Zarate

Porto-Alegre est la capitale de l’État du Rio Grande do Sul, dans le sud du Brésil. Ce port industriel a une tradition progressiste. // CC Eduardo Zarate

Cette première n’attire pourtant pas les foules. A peine un millier d’habitants s’exprime. S’il est difficile d’évaluer les causes de cet échec, il va avoir pour conséquence de construire un mode de participation innovant. Et, le plus remarquable, c’est qu’il va attirer les citoyens des couches les plus populaires, traditionnellement en retrait des processus démocratiques.

Un environnement favorable.
A la fin des années 1980, le Brésil s’échappe de 20 ans de dictature. Le pays a soif de démocratie. Durant le mandat 1988-1992, tandis que le Brésil se réforme et accorde davantage d’autonomie et de financement aux villes, l’équipe municipale évolue d’une vision radicale vers une gestion progressiste. Elle stabilise la situation financière, réforme l’administration en profondeur et revoit sa politique fiscale pour plus de redistribution. En 1992, elle est réélue. Elle le sera sans interruption jusqu’en 2004.

Pyramidal

Au cours de ce premier mandat, le budget participatif se structure sous une forme pyramidale. Le premier échelon est le quartier. Dans les réunions et les assemblées, les habitants définissent leurs priorités et élisent, pour un an, leurs mandataires au Forum participatif (un pour dix). Ce second échelon se place au niveau des districts (ou région) et fait la synthèse des besoins pour élaborer les projets à mettre en œuvre. Enfin, le Conseil du budget participatif (COP) prépare le budget à présenter à l’assemblée.

Les assemblées de district (ou région) réunissent les mandataires des quartiers, réalisent la synthèse des demandes et préparent les projets pour la COP. // Photo: Ivo Gonçalves / PMPA

Assembléia do OP – Região Glória
Local: Ginásio do Colégio Marista Assunção
Foto: Ivo Gonçalves/PMPA

Au final, le budget participatif est défini par le Conseil du budget participatif. Non seulement, il prépare un programme budgétaire cohérent avec le montant alloué par la municipalité, mais c’est encore lui qui négocie avec l’administration municipale. Cette indépendance donnée aux instances du budget participatif est poussée jusque dans la définition des règles de la participation pour l’année à venir.


Le budget participatif de Porto-Alegre a accru entre 1989 et 2004 la proportion d’habitants reliés au réseau d’assainissement, passant de 70% à 83,4 %. 53 000 familles ont bénéficié de la régularisation de leurs titres de propriété et de la construction de nouvelles habitations. C’est sans doute pour cette raison et grâce à la transparence du processus que les populations les plus en retrait de la démocratie se sont emparés du budget participatif.


De Porto-Alegre à l’Europe
D’après les chiffres, plus de 200 villes avaient adopté un budget participatif au Brésil en 2002. En 2006, 1200 communes sur les 16000 que compte le continent latino-américain avait mis en œuvre un outil de ce type. En Europe, après plusieurs expériences au tournant des années 2000, il semblerait que le phénomène connaisse un nouveau souffle, avec l’expérience parisienne notamment.
Photo de couverture : « A foggy sunset over Porto Alegre. Taken from the Claro tower in Morro Santa Tereza » // CC Felipe Valduga
Sources