« Les budgets participatifs : vraie nouveauté ou véritable renouveau ? » présentée sous le titre « Les budgets participatifs : une solution citoyenne pour demain ? » est ma contribution à la table ronde organisée à la Fondation Jean Jaurès le 12 avril 2017 aux côtés de Pauline Véron, adjointe à la maire de Paris en charge de la démocratie locale et de la participation citoyenne, et de Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à la Sorbonne-Paris 1 et spécialiste de la démocratie participative. Elle se conclut sur les solutions concrètes qui s’offre à l’Etat pour développer les budgets participatifs partout, en France.  Partie 2/ 3 : Un véritable renouveau


LE RENOUVEAU DES BUDGETS PARTICIPATIFS


Le premier budget participatif au monde parlait portugais, le premier budget participatif à avoir fait école en Europe aussi. Il s’agit du programme de Lisbonne, né en 2008. Il n’est ni le premier au Portugal, ni en Europe, mais le premier lancé dans une capitale. C’est à l’élection à la mairie d’Antonio Costa qu’on le doit. Ce dernier est aujourd’hui Premier ministre et prépare le premier budget participatif national, une proposition reprise dans le programme présidentiel de Benoît Hamon.

Lire l’article « Lisbonne : une référence  en Europe »

Plutôt qu’élu, Antonio Costa a été mal élu, après qu’un scandale de corruption ait contraint le maire conservateur à la démission. Ce dernier s’est malgré tout représenté face à un autre candidat désigné par son parti. Antonio Costa l’a alors emporté à la faveur de cette triangulaire. Mais l’abstention massive, atteignant 62 %, l’a conduit à chercher à renforcer sa légitimité, alors que de nouvelles élections étaient convoqués en 2010 et qu’il n’avait pas la majorité à l’assemblée municipale. Ainsi est né le premier budget participatif d’une capitale européenne.

Lisbonne, première capitale « civic tech »

Ce budget participatif a une autre particularité. Il s’est appuyé dès le début sur la participation en ligne, la « e-démocratie », qu’on n’appelait pas encore « civic tech ». Ce n’était pas une première, mais à cette échelle, c’était inédit. Les « civic techs » sont depuis devenus un outil quasi-incontournables dans le cadre du budget participatif. Pour Tiago Peixoto, spécialiste du sujet à la Banque mondiale, les citoyens s’ouvrent en effet davantage aux nouvelles technologies quand il s’agit de nouvelles formes de participation.

Lire l’interview de Tiago Peixoto, lors de l’Open Gov Summit de Paris

Les technologies sont ainsi adaptées à l’innovation démocratique. Alors que le coût de la participation ou, pour le dire autrement, le manque de temps est un frein pour les habitants, l’accessibilité des plateformes digitales est un atout. Ce mode de participation est aussi mieux adapté aux nouvelles formes d’engagement, plus ponctuelles. Enfin, la décomposition des tâches confiées à l’internaute donne à comprendre la mécanique du budget participatif.

Avec la technologie, l’émergence d’un modèle horizontal

La technologie fait aussi émerger un nouveau modèle, horizontal. Alors qu’avec le modèle pyramidal, les habitants délèguent leur pouvoir à des représentants, le rapprochant de la démocratie représentative, avec la technologie, les citoyens peuvent tous participer, tous se rassembler autour de projets s’ils le veulent et, enfin, tous délibérer pour leur concrétisation.

Ce budget participatif horizontal donne aussi un pouvoir aux citoyens égal au pouvoir des élus. Plus que jamais le principe « Vous décidez, nous réalisons » devient réalité. Le politique accorde au citoyen sa confiance pour, par son engagement, redonner du crédit et de la légitimité à sa parole.

Du point de vue du citoyen, le budget participatif répond à son aspiration d’être associé à la décision, dans une démocratie devenue « intermittente » et où les choix seraient faits « derrière des portes closes », sans compter les procès en promesses qui ne seraient jamais respectées. Les sondages menés depuis 2012 dans le cadre du Baromètre de la concertation pour l’agence Respublica par l’institut Harris Interactive semblent confirmer cette aspiration en progression. Elle recueillerait l’assentiment de 80 % de Français aujourd’hui.


Bilan : un alignement des planètes favorables à ce renouveau


En conclusion, si le budget participatif connaît un renouveau et un tel essor en France depuis 2014, c’est parce que nous assistons à un alignement des planètes des plus favorables : des politiques qui, face à la perte de crédit de leur parole, sont à la recherche de réponses ; des citoyens qui aspirent à être associés à la décision ; et, enfin, la démocratisation d’internet et l’apparition des solutions « civic tech ».  Cet alignement des planètes est à l’origine du renouveau des budgets participatifs, en particulier en France, depuis 2014. Ce renouveau se comprend mieux en en dressant un panorama.


Les budgets participatifs, une révolution citoyenne ? intervention à 21′