Le renouveau des budgets participatifs depuis 2014 annonce la multiplication de ces programmes au sein des villes. Avant de se lancer, mieux vaut bien réfléchir à ses objectifs pour mesurer la tâche et adapter sa démarche. 

5- La campagne de mobilisation des porteurs de projets

Au budget participatif, les citoyens votent pour un projet concret, qui va venir améliorer leur quotidien, et non pour une personnalité ou un programme. Il faut faire connaître ces projets et, pour y parvenir, il s’agit de donner aux porteurs les moyens de faire campagne. Ils vont mobiliser et démontrer tout l’intérêt du budget participatif.

≡ L’enjeu de la participation « des publics éloignés »

Pour booster la participation des publics éloignés, l’association des structures de quartier sur le terrain est incontournable. A cette étape, il s’agit de donner une tribune aux porteurs et une vitrine à leurs projets. Autre solution : à Paris, le fléchage d’une partie du budget participatif vise à encourager cette participation.

La communication des porteurs de projets 
Il s’agit de soutenir les porteurs en leur donnant des chances égales de réussite. Des supports de communication, des événements, une formation préalable vont offrir à chacun les moyens de mobiliser autour de leur idée. Cette mobilisation augmente la participation au vote.

6- Le vote du budget participatif

Un bon taux de participation au budget participatif se situe autour de 5%. Le programme est encore jeune et par conséquent pas toujours bien identifié des habitants. Alors, au-delà de la mobilisation, il faut donner les moyens de voter, par Internet et en papier, et multiplier les bureaux de vote.

≡ L’enjeu de la proximité

C’est une évidence, mais donner les moyens aux habitants de voter facilement améliore la participation. A San Antonio, au Chili, un habitant sur quatre vote (et il y a 100 000 habitants !). C’est simple, il y a 75 bureaux de vote ouverts pour le budget participatif. Ce n’est pas l’unique raison du succès mais ça y contribue !

Vote papier ou vote électronique ? 
A Paris, 40% des votes sont des votes papier. La fracture numérique explique en partie ce chiffre. Au-delà de cette réalité, il faut aussi comprendre le budget participatif comme un événement qui fête la citoyenneté. Dès lors, le vote représente un geste fort symboliquement.

7- La réalisation des projets

Un budget participatif fait une promesse : « Voici de l’argent pour vos projets. C’est vous qui décidez, nous le réaliserons. » Remplir cet engagement, c’est retisser un lien de confiance entre le citoyen et l’institution. Après le vote, le politique doit concrétiser son engagement, en contrepartie de l’engagement du citoyen. Cette réussite est indispensable pour renouveler le budget participatif.

≡ L’enjeu du calendrier

C’est sans doute l’une des principales difficultés du budget participatif. Entre l’idée proposée, son étude et finalement son vote, une idée peut être interprétée et réinterprétée et appeler à des solutions techniques plus complexes et plus coûteuses ou… plus simples. En amont, s’agit de bien évaluer les projets pour les réaliser dans les délais.

Attention au sentiment de « désappropriation » des projets
Les porteurs de projet sont les meilleurs ambassadeurs du budget participatif. Il faut être vigilant à ce qu’ils ne se sentent pas dépossédés de leurs projets par les services. La meilleure solution est de les associer à la concrétisation de leur projet.

8- L’évalution du budget participatif

D’abord, la priorité est d’évaluer le programme en interne, à savoir ce qui a marché et les points à améliorer dans le process. Ensuite, c’est à partir des objectifs initiaux qu’il s’agit de dresser un bilan.  La participation citoyenne est-elle au rendez-vous ? quels quartiers participent le plus ? sur l’ensemble des projets déposés, lesquels ont donné suite à des rencontres (connues) entre habitants ? que disent les projets déposés des aspirations des citoyens ?

≡ L’enjeu de l’égalité des chances

En s’intéressant à la participation des quartiers prioritaires ou plus défavorisés, il est possible d’évaluer d’une part leur niveau d’inclusion dans le programme, mais aussi mieux définir leur participation (dépôt d’idées, développement des projets, campagne de mobilisation ou vote), leurs priorités et, au final, comparer l’orientation des fonds du budget participatif avec le budget communal.

Que dit le budget participatif de la ville ?
La participation est l’indicateur le plus pertinent pour évaluer un budget participatif. Elle doit être précisée, cartographiée, comparée et étudiée. Précisée, c’est à dire qui propose : un individu, un collectif, des individus rassemblés par le programme ? Cartographiée : quels quartiers participent et pour quels projets ? Comparée : avec le taux d’abstention, le droit de vote. Et, enfin, étudiée : pour analyser les freins à la participation.


Bilan

Un budget participatif peut développer la participation citoyenne, créer du lien social ou encore (re-)tisser un lien de confiance avec le politique… à condition de le construire à partir d’objectifs bien identifiés et d’adapter son programme à ses enjeux locaux. Ces huit étapes sont une méthode. Elles démontrent l’étendue du projet, elles sont essentielles pour mesurer la tâche à accomplir.