Il y a 30 ans, les élections législatives à Saint-Denis appelaient à une réaction politique. Le FN talonnait le Parti communiste. En réaction, la mairie se lançait dans une démarche ambitieuse de démocratie participative qui donnera dès 1997 le premier budget participatif français. Patrick Braouezec, ancien maire de la ville et Président de Plaine commune livre son analyse.

« Regarder plus loin que le bout de ses chaussures »

Au-delà de la « Démarche quartiers » devenue le socle du budget participatif en 1997, Saint-Denis s’est appuyé sur « Bonjour voisin », des réunions d’échanges entre la mairie et ses habitants. Patrick Braouezec se souvient de l’une d’elles, résumée aux doléances sur l’état de la voirie et sa propreté. « Quatre mois plus tard, nous avons parlé du [projet du] Stade de France, nous avons assisté à un décalage dans le temps et l’espace. Les gens regardaient plus loin que le bout de leurs chaussures. »


« Vite dans la peau d’un gestionnaire »

L’écueil que doit éviter la démocratie participative, c’est de tomber dans le lobbying ou le « Nimby » – « not in my backyard ». Dans le cadre du budget participatif, « les gens se sont mis en situation. Ils se mettent vite dans la peau d’un gestionnaire. » L’élu insiste sur l’équilibre nécessaire entre démocratie participative et représentative. « Les citoyens éclairent, améliorent la décision. Le choix final revient aux élus. »


« Je compte maintenant 6 niveaux d’expertise »

Pour construire un projet, il est préférable de faire appel à des professionnels qui maîtrisent la technique, aux citoyens qui ont l’expertise d’usage et des attentes et, bien sûr, aux élus qui ont un mandat pour un projet. A ces trois catégories, Patrick Braouezec ajoute les services publics qui assureront l’entretien, les chercheurs qui ont étudié le rapport au territoire d’un équipement similaire et aux artistes qui ont une approche sensible.


Patrick Braouezec

Patrick Braouezec, président de Plaine Commune : « les artistes créent du commun. »

« Les artistes créent du commun »

Plaine commune est le territoire du Grand Paris de la culture et la création. La participation trouve ainsi d’autres biais. Ainsi, le dialogue peut se nouer avec les habitants par la pratique artistique : « on peut faire travailler les gens [en s’exprimant] par la danse, le chant, le théâtre. » Au-delà, dans l’espace public, « les artistes créent du commun. » Ils donnent une identité à un lieu, facilitant son appropriation.


« Vous auriez dû m’écouter »

L’appropriation de l’espace public n’est pas une simple équation entre une offre et une demande. Car la demande n’émane que rarement de l’usager direct et des intentions louables peuvent être ressenties comme des agressions notables… ou des réalisations passables avec pour réponse « Vous auriez dû m’écouter ! » Le Président de Plaine commune se souvient d’une prairie avec une aire de jeux pour enfants, dessinés par eux. Les habitants se la sont appropriée. Elle a toujours été respectée.


Bilan : la participation, une simple question de chiffres ?


Pour Patrick Braouezec, la démocratie participative ne doit pas devenir un objet de communication et, pour le dire d’une autre manière, ne s’exprimer qu’à travers des chiffres. « Il y a tous ceux qui n’osent pas parler, reconnait l’élu, mais il y a aussi tous ceux qui n’ont pas le temps. » Dès lors, une participation de qualité peut aussi relayer le mot des absents ou encore être reconnue pour son sérieux. La qualité de l’écoute est une première réponse aux arguties populistes.


Image : lesbudgetsparticipatifs, 2016