Depuis les dernières élections municipales de 2014 et le renouveau des budgets participatifs, les collectivités visent la participation citoyenne. Il est légitime de s’interroger sur le rôle du budget participatif en faveur de l’inclusion. 

Depuis 2014, le renouveau des budgets participatifs s’est largement appuyé sur les plates-formes de participation en ligne. Ces « civic-techs » sont, d’une part, adaptées à un exercice du vote « non-traditionnel ». D’autre part, elles n’ont pas d’impact sur les décisions des citoyens.

Cette solution technique, aussi pertinente et performante soit-elle en matière de participation ne répond pas un autre enjeu de taille : faire émerger les projets. Difficile, face à son écran, de jeter en quelques mots un projet pour son quartier ou sa ville. Au-delà des inhibitions, de l’autocensure, les citoyens n’ont pas tous des idées ou encore ils méconnaissent le programme.

Rappelons-le, la méconnaissance est une raison suffisante pour expliquer le niveau de participation. Le budget participatif est une nouveauté démocratique, complexe à comprendre et difficile à suivre (avec 5 à 6 étapes réparties sur une année). Demain, les réalisations des projets votés seront une clé pour une participation élevée. Elles suffiront à affirmer que les budgets participatifs, ça marche !


Donner les moyens d’agir ne suffit pas


Pour développer l’inclusion via le budget participatif, il faut donc que des projets proposés par les habitants se réalisent. Mais pour se réaliser, il faut… qu’ils aient été proposés. C’est pourquoi il faut d’abord faire émerger des priorités, traduire des besoins. Et pour cela, il ne suffit pas de donner les moyens d’agir, il faut aussi que les habitants aient une raison de le faire.

Les ateliers d’idéation, de maïeutique, de coconstruction des projets sont autant d’outils qui répondent à ces enjeux. Ils mériteraient d’être reconsidérés. Ce n’est pas leur forme qui est en cause, c’est peut-être davantage la portée donnée à ces ateliers d’émergence des projets qui l’est… J’y reviendrai sans doute dans un prochain article.

Pour revenir au dépôt des projets sur un plan plus général, revenons sur les capacités des citoyens à les imaginer. Entre avoir une idée pour sa ville ou son quartier et l’exprimer, il y a un pas (au moins) qu’il n’est pas si aisé de franchir. Aussi, faut-il s’étonner des réalisations issues du budget participatif ?


Des « projets-géraniums » aux citoyens experts


Comme j’ai déjà pu le constater et l’exprimer, les idées les plus déposées au budget participatif sont finalement assez simples : un banc, un square, une aire de jeux, du végétal, autant de projets (ou « projets-géraniums » pour certains…) que l’on souhaite voir émerger dans la proximité de son domicile, autant d’aspirations à prolonger son bien-être dans l’espace public.

Les réaménagements d’espaces publics, voire leur transformation dans leur usage sont des projets qui appellent des compétences qui sont celles de citoyens experts. Des citoyens déjà bien insérés et qui correspondent au public « traditionnel » de la participation, doté d’un niveau socio-économique supérieur.

Les projets novateurs nés des budgets participatifs émergent de collectifs très informés, à l’image des frigos partagés par exemple (une initiative qui vise à réduire le gaspillage alimentaire). Si ils pointent les travers de notre société, ces groupes d’avant-garde inscrivent leurs revendications et leur action dans le cadre institutionnel.


Opposer les « bobos » aux « invisibles : une erreur


Au final, certains auront tôt fait de classer parmi les « bobos » ces citoyens investis dans la vie locale… pour mieux discréditer le programme. Ces caricatures ne font guère avancer le débat autour de l’inclusion des publics dits éloignés.

Surtout, elles opposent le budget participatif d’une élite aux besoins des « invisibles ». Elles nient les capacités d’inclusion du budget participatif… et omettent qu’il s’agit d’un outil et non d’une finalité !

Rappelons-le, le budget participatif a bien été créé pour développer l’inclusion des habitants des quartiers défavorisés. Pour ouvrir le budget participatif à tous et en faire un outil d’inclusion dans la citoyenneté, il est peut-être temps de s’interroger sur la portée à donner aux ateliers citoyens.


Bilan : le budget participatif n’est pas une fin en soi


La portée des ateliers citoyens est l’une des clés de la participation de tous au budget participatif, au même titre que la réalisation des projets, qui est la preuve que « ça marche ». Ce sont là deux des clés d’inclusion des publics éloignés. Il faut aussi se rappeler que le budget participatif a pour objectif de réaliser des projets. Qu’on le porte aux nus ou qu’on le moque, il n’est pas une fin en soi.