Les budgets participatifs donnent aux citoyens des idées. Mais au final, quels projets proposent et votent les habitants ? Du cadre de vie à la nature en ville, de l’essor du vélo à de nouveaux modes de partage, les projets en disent long sur les aspirations des habitants. 

1- Le cadre de vie d’abord

Plus de bancs publics pour un cadre de vie plus convivial : une idée présente dans tous les budgets participatifs. Photo : Etienne Thomas

Plus de bancs publics pour un cadre de vie plus convivial, l’idée est présente dans tous les budgets participatifs. Photo prise au Parc des Buttes Chaumont par Etienne Thomas

Les premières aspirations s’intéressent d’abord au cadre de vie. Dans cette catégorie, les grands projets visent à réaménager des rues des places ou des quais au profit des piétons. La convivialité et le confort des lieux s’affirme aussi avec par exemples la pose de bancs ou de transats ou, dans les marchés, la création d’espaces de restauration. Enfin, il y a les détails pratiques, à l’image des « fontaines à boire » à Paris ou des toilettes publiques et cendriers de rue à Rennes.

L’arroseur arrosé à Paris
Cette idée a fait le buzz. Pour décourager ceux qui s’épanchent sur les murs de la capitale, un Parisien a cette année déposé l’idée d’une peinture hydrophobe qui renvoie l’urine.  Le procédé, à l’oeuvre à Hambourg ou à San Francisco, est déjà testé par la Mairie contre ces incivilités.

2- Des circulations douces

Plus de pistes cyclables, davantage d'équipements pour entretenir son vélo ou se garer, à l'image de cette station à Buenos Aires : le budget participatif donne l'opportunité d'exprimer ces aspirations. Photo : DR

Plus de pistes cyclables, de nouveaux d’équipements d’entretien en libre-service ou encore des places pour se garer en toute sécurité, à l’image de cette station à Buenos Aires… la bicyclette a la cote au budget participatif. Au détriment de l’automobile. Photo : DR

Les circulations douces passent donc par la marche à pied avec la piétonnisation, à l’image de « Paris aux piétons« . Mais aussi par le vélo ! L’aménagement et l’amélioration des pistes cyclables figurent en bonne place à Paris ou à Grenoble. A Rennes, les habitants demandent des équipements d’entretien à l’image des bornes de gonflage et pour garer sa bicyclette en sécurité avec des parcs sécurisés ou, à Montreuil, des arceaux.

Voitures : circulez, y a rien à voir !
Zones de rencontre à 20 km/h, zones 30, ralentisseurs ou radars pédagogiques à Metz : la voiture n’est pas la bienvenue en ville. Ces projets suscitent des conflits d’usage ou des réactions, des commerçants en particulier, qui comptent des automobilistes parmi leurs clients.

3- Une ville plus verte

Pus de vert dans la ville : de la jardinière au mur végétal comme ici. Les habitants présentent aussi des idées très originales... Photo : Carolina Lena Becker

Pus de vert dans la ville : de la jardinière au mur végétal comme ici. Les habitants présentent au budget participatif des idées encore plus originales… Photo : Carolina Lena Becker

Au carrefour du cadre de vie et de l’environnement, la tendance est au vert dans la ville au budget participatif. Leur envergure varie de la jardinière de rue jusqu’au grands projets parisiens de hauts jardins avec « Du vert à tous les étages » et la végétalisation des toits, terrasses ou des murs,  ou la reconquête de la Petite ceinture (ancienne voie ferrée) et même des jardins flottants à Rennes ! Les habitants aspirent aussi à des espaces verts valorisés, à l’image de la Promenade des remparts à Metz. Et enfin, l’énergie verte avec les éoliennes !

Les jardins sur le même accord
La volonté de se réapproprier l’espace public se joue aussi dans les espaces vert avec les demandes de bancs, transats ou encore de tables de pique-nique. Autre exemple, le grand projet des « kiosques à musique » à Paris rend à ces édifices leur destination initiale.

4- La nature en ville

Les jardins partagés sont en plein essor. Rejoints à présent par les poulaillers partagés. Photo : DR

Les jardins partagés sont en plein essor, et ici en construction. Après, les ruches citadines, ils sont à présent aussi rejoints par les poulaillers partagés et d’autres animaux arrivent ! Photo : DR

Du vert dans la ville à la nature en ville, il n’y a qu’un pas. C’est l’accueil de ruches et d’abeilles, mais ce sont aussi des espaces pour cultiver en ville avec des jardins partagés et, nouveauté, des poulaillers partagés à Grenoble ou à Rennes par exemple, confirmant une aspiration à mieux manger, apparue avec le bio et poursuivie avec les locavores. Ces aspirations marquent aussi la volonté de mettre la main à la pâte, à l’image des « ateliers participatifs » à Paris.

Rennes tourne chèvre
Il n’y a pas que les abeilles et les poules qui font leur retour en ville. A Rennes, ce sont des chèvres qui s’annoncent pour tondre les pelouses. Ce projet appelle cependant à la participation d’un collectif pour s’occuper des animaux. Il faudra aussi protéger les arbustes !

5- Les enfants et l’école

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Le budget participatif des écoles à Paris est né de l’engouement des parents d’élèves pour le programme. Visuel : Mairie de Paris

Paris a décidé d’un budget participatif des écoles cette année, tant les attentes des parents d’élèves étaient fortes. De l’aménagement des abords ou de la cour des écoles, des opérations de rénovation des réfectoires ou même des sanitaires… les projets lauréats sont nombreux. Il y a aussi les aires de jeux pour enfants et la volonté, là-encore, de se réapproprier l’espace public avec le tracé de marelles ou la sécurisation d’espaces sur les trottoirs pour y jouer.

A Paris, les écoles ont leur budget participatif
Nouveauté 2016, le budget participatif des écoles et des collèges est un exercice pratique de citoyenneté. Les enfants ont décidé d’une école « plus belle », « plus connectée », « plus sportive » ou « plus durable ». Pour les collégiens, c’était « plus sportive », candidature aux JO 2024 oblige.

6- La culture

Le street art est très demandé au budget participatif. Mais il n'est pas, et de loin, la seule discipline représentée. Photo : Mairie de Paris

Le street art n’est pas, et de loin, la seule discipline représentée au budget participatif. Théâtre, littérature et arts plastiques expriment aussi une aspiration à une culture accessible à tous.  Photo : Mairie de Paris

Des boîtes à livres pour partager ses lectures aux fresques (street-art ou pas), c’est encore et toujours la réappropriation de l’espace public que signent les créations du budget participatif. D’autres projets s’intéressent au spectacle vivant avec un théâtre de verdure à Grenoble jusqu’à l’installation de gradins amovibles au Centquatre, à Paris. Pour 600 000 €, soit les 2/3 du montant total à Metz ou les 3/4 à Grenoble !

Valparaiso sur Seine
Les graffitis font partie du décor parisien. L’ouverture du 18ème au au street-art est un projet en cours. Peut-être va-t-on voir un jour des street-artistes du monde entier venir s’exprimer sur les murs des quartiers mal-aimés ? La dynamique est là. Et elle vient de la rue.

7- Le Patrimoine

Pour l'instant, le lavoir de Chézy, à Rennes, n'est pas très attractif, mais six porteurs de projets se sont penchés sur son renouveau. Photo : Ville de Rennes

Pour l’instant, le lavoir de Chézy, à Rennes, n’est pas très attractif, mais six porteurs de projets se sont penchés sur son renouveau. Photo : Ville de Rennes

C’est le projet-phare de Metz, depuis deux éditions, le budget participatif a mis en valeur la Promenade des remparts, à mi-chemin entre patrimoine et espace vert. Et c’est aussi l’intérêt de l’appel à projet aux habitants, ce n’est pas seulement de restaurer les chefs d’oeuvre du passé, c’est aussi de… se les réapproprier, à l’exemple du lavoir de Chézy à Rennes pour lequel six approches différentes se sont manifestées, pour lui redonner vie.

Tombés dans le panneau et… dans l’oubli
Leur nom est entré dans l’histoire et nos élus leur ont rendu hommage en baptisant nos rues de leur nom. Mais qui sont-ils ? Un Parisien a proposé d’ajouter aux plaques des voies une notice biographique.

8- Le sport

Le street workout, tendance sportive, s'inscrit au budget participatif. Mais les parcours de santé demeurent ! Photo : Sharatoro

Le street workout, tendance sportive, s’inscrit au budget participatif. Mais les parcours de santé demeurent ! Photo : Sharatoro

La mode du fitness se développe en France. Dans l’espace public, elle prend la forme d’espaces de street work-out ou fitness de rue à Paris ou Metz, avec de vraies machines. Finis les parcours de santé à papa ! Dans la capitale, pour faire du sport, on propose de mettre à disposition des casiers. Au-delà de ces nouveautés, les terrains urbains de basket ou de football ne manquent pas à l’appel, qu’ils s’agissent de leur donner un coup de jeune ou d’en créer.

A Grenoble, c’est l’escalade
Les quais sont partout, budget participatif ou pas, en pleine transformation, à l’image de Bordeaux ou Paris. Avec le programme, des Grenoblois ont eu l’idée de créer un mur d’escalade sur les quais de l’Isère… au pied des Alpes !

9- De nouveaux lieux de rencontre

Les budgets participatifs appellent à davantage de lieux où se retrouver, pour échanger ou pour danser et faire la fête. Photo : Nicolas Mary

Les budgets participatifs appellent à davantage de lieux où se retrouver, pour échanger ou pour danser et faire la fête. Photo : Nicolas Mary

A l’image des « sede » en Amérique latine, les quartiers veulent investir aussi pour leurs locaux. C’est le cas par exemple à Montreuil avec une création et un aménagement. Dans la la 3ème ville d’Île-de-France, un chantier-école autour des « Murs à pêche » doit voir le jour pour se réapproprier le patrimoine autant que pour en faire un lieu convivial, à l’image de la guinguette ou du parquet de bal prévus à Rennes, ou encore de la construction de fours à pain.

Tiers-lieux, ambition entière
Les tiers-lieux ont l’ambition de faire se rencontrer des individus, des compétences qui ne se croiseraient pas sinon, pour co-créer. Leur développement intéresse les collectivités car il va faire évoluer l’approche de leurs structures décentralisées dans les quartiers par exemple.

10- Davantage de partage

Le partage est une notion très forte des projets du budget participatif. Il s'agit d'abord de l'espace public et, à présent de ses propres biens. Photo ; DR

Le partage est une notion très forte des projets du budget participatif. Il s’agit d’abord de l’espace public et, à présent de ses propres biens, à l’image de cette Give Box, ici à Lyon. Photo : DR

« Partager » est un verbe qu’on ne retrouve plus seulement au sujet des jardins. Le partage se diffuse à d’autres domaines. Il y a bien sûr la littérature avec les boîtes à livres et désormais les « give-boxes » où déposer les objets dont on n’a plus besoin pour qu’ils servent à d’autres. Et, encore plus original, les frigos partagés pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

Des oeuvres d’art à la maison
C’est déjà possible à Saint-Denis… de la Réunion. Une artothèque c’est une bibliothèque où emprunter des oeuvres d’art pour les exposer chez soi. Proposée en 2015, cette idée n’a pas été élue.  Mais qui sait vous pourrez peut-être mettre un peu d’art dans votre vie (ou l’inverse).

11- La solidarité

Difficile d'agir contre l'exclusion, les projets de solidarité sont rares mais ne manquent pas d'imagination, ici ce que pourrait être le lieu d'écoute et d'accueil pour les jeunes de Grenoble.

Les projets contre l’exclusion sont rares mais ne manquent pas d’imagination. Ici ce que pourrait être le lieu d’écoute et d’accueil pour les jeunes de Grenoble. © Sylvain Frappat – Ville de Grenoble.

Difficile d’agir pour la solidarité sans équipe de professionnels. Or, les projets doivent correspondre à des dépenses d’investissement et non de fonctionnement. A Paris, un grand plan de 4,4 millions d’euros doit améliorer les Bains-Douches et installer des casiers pour les bagages des SDF. A Grenoble, un lieu d’écoute et d’info pour les jeunes est sur les rails. Partout, des aménagements visent à faciliter la vie des personnes à mobilité réduite.

Des parcs roulants à Rennes
Se promener dans les parcs n’est pas toujours possible quand les allées sont empierrées à Rennes. Un habitant a proposé une bande roulante pour les personnes en fauteuil et les poussettes. Son projet a été retenu et voté.

12- L’emploi et l’économie

Contre le chômage, tout a-t-il été fait ? Les budgets participatifs ne promettent pas d'inverser la courbe du chômage. Photo : Creative Commons

Contre le chômage, tout a-t-il été fait ? Malheureusement, les budgets participatifs ne promettent pas d’inverser la courbe du chômage. Photo d’un espace de coworking, à l’image de l’idée parisienne,  Creative Commons

Les habitants ont-ils des idées pour inverser la courbe du chômage ? Dans le cadre du budget participatif 2016, les commerces de pied d’immeubles pourraient faire leur retour dans les quartiers populaires parisiens. C’est une idée déposée. Autre idée, la création d’un espace de coworking étudiants entrepreneurs, dans le 15ème  (voir ci-dessus, le point sur les Tiers-lieux). Mais, c’est à la Mairie de Paris qu’on doit la première idée du genre, lors de l’édition 2014.

Grenoble va-t-il frapper monnaie ?
Elles favorisent les échanges locaux et avec eux le commerce, la production et des emplois locaux. Les monnaies locales se développent à l’image de la Sonantes… à Nantes, et Grenoble pourrait avoir la sienne en 2016. L’idée fait son chemin.

13- L’information et le numérique

Les projets numériques n'ont pas la cote au moment du vote. Pourtant, les bornes de recharge mobile ou wifi figurent au nombre des idées déposées. Photo : ets Borneo

Les projets numériques n’ont pas la cote au moment du vote. Pourtant, les bornes de recharge mobile ou wifi figurent au nombre des idées déposées. Photo : ets Borneo

Les projets numériques sont d’abord présents à Paris avec 72 projets déposés en 2016. Ils sont très variés puisqu’il s’agit de besoins basiques comme recharger son téléphone ou accéder au wifi à des idées plus novatrices avec l’installation de capteurs pour faire recueillir des données et produire des infos ou… créer de nouvelles applications. Cependant, ces projets ne sont pas vraiment plébiscités. Aucun n’a passé le vote en 2015.

Un petit coin de parapluie…
C’est sans doute l’idée la plus poétique ou la plus « feel good ». Un Parisien a proposé des rubans pour informer les passants que vous partagez un petit coin de parapluie… Contre un petit coin de paradis, on l’espère !


Bilan : positiver le territoire


Les projets présentés (et votés) au budget participatif expriment d’une part, l’aspiration des habitants à se réapproprier l’espace public, et, d’autre part, à le partager pour un moment convivial, de réflexion, d’échange d’idées ou de savoir-faire. S’il s’agit de l’air du temps, les budgets participatifs reflètent cependant les priorités des quartiers, davantage que ne le ferait une consultation. Quand là les habitants se contentent d’une opinion, ici ils s’investissent. D’aucuns s’étonneront que les questions de sécurité ou les difficultés sociales sont peu présentes. Le critère d’investissement joue certainement. Mais ce sont d’abord les raisons mentionnées plus haut qui l’explique. Le budget participatif inspire à positiver le territoire.

Les chiffres à Paris
L’édition 2015 du budget participatif de Paris donne une idée des propositions des habitants. Sur les 5115 idées déposés, les projets en lien avec le cadre de vie représentaient près d’un quart des projets. La catégories environnement et transport-mobilité, arrivées en deuxième et troisième position, recueillent chacune à peine 15% des idées. Viennent ensuite la culture : 8%, l’éducation et la jeunesse : 6%, le sport : 5%, la solidarité : 4%. Enfin, les huit autres catégories présentent moins de 200 dépôts et moins de 4% du total.
Notre classement a pour objectif une vision plus claire des enjeux.

Image de couverture : miroir d’eau à Bordeaux © Or Hiltch. Un projet de miroir d’eau a été présenté à Paris en 2016, mais il n’a pas été retenu. Les précisions sont en cours.
A noter : les images présentées ici illustrent les types de projet et ne représentent pas des réalisations en particulier, sauf mention contraire.