Tech Crunch l’a classé parmi les 20 personnes les plus innovantes pour la démocratie, au côté d’un certain Barack Obama ! Nous avons rencontré Tiago Peixoto lors de l’OGP à Paris. Le spécialiste de la e-démocratie à la Banque mondiale répond cette semaine sur les enjeux des civic-tech et de la participation.

1- Pour réduire les coûts ?

« La participation en ligne permet de réduire les coûts », explique Tiago Peixoto. D’une part, elle est plus abordable que le présentiel et, d’autre part, elle est facilitée par la technologie. Une plate-forme digitale est disponible partout à et à tout moment, ce qui est impossible pour des équipes mobilisées sur le terrain. Au final, il s’agit d’optimiser la combinaison présentiel et « civic-techs ».


2- Davantage de participation ?

« La e-democracy a un effet marginal, voire nul sur la participation aux élections » poursuit le spécialiste qui explique qu’aux élections traditionnelles, il y a une notion d’attachement. A l’inverse, la participation en-ligne s’accroît pour les autres programmes, à l’image du budget participatif. Un point que nous avions évoqué dans notre panorama des BP pour la France.

Lire aussi notre panorama des budgets participatifs en France et le point sur les civic-techs.


3- Qui participe en ligne ?

La participation en-ligne ne change pas les fondamentaux. « Plus le niveau d’éducation et de revenus s’accroît, plus la participation augmente. » Cependant, la nature de l’appel influe sur qui va participer. S’agit-il d’associer les citoyens à la prise d’une décision d’une institution ou, au contraire, faire pression sur l’une d’elles ?


4- Les projets sont-ils différents ?

Tiago Peixoto travaille actuellement sur les résultats parisiens du budget participatif. Il a déjà étudié, au Brésil, d’une part, les projets issus du vote en ligne et, d’autre, ceux issus des urnes classiques. Une étude sur les résultats n’a montré aucune différence entre les projets votés via la plate-forme digitale et le scrutin papier. Les conclusions seront-elles identiques chez nous ?


5- Les « civic-techs » sont-elles adaptées aux Pays du sud ?

Actuellement en mission au Kenya, Tiago Peixoto se concentre d’abord sur la création du budget participatif dans trois régions  (le pays en compte une quarantaine). Les technologies jouent un rôle dans ces programmes, en particulier avec le réseau mobile qui facilite l’information des citoyens pour les inviter aux réunions ou à voter par exemple.

Lire aussi notre article sur le budget participatif au Sud-Kivu auquel Tiago Peixoto a contribué


Bilan : un autre usage des civic-techs


Les civic-techs sont promises à un bel avenir, notamment si elles s’inscrivent dans des formes de démocratie participative en construction ou si elles les impulsent. Le renouveau des budgets participatifs, en France, depuis 2014, est, à ce titre, très révélateur puisque les technologies sont contemporaines de ce nouvel essor.


Bio express
Directeur de projets pour la Commission européenne, l’OCDE, l’ONU ou les gouvernements brésiliens et britanniques, Tiago Peixoto est un spécialiste international de la gouvernance publique. Il exerce depuis 2010 à la Banque mondiale, à Washington. Sa carrière universitaire passe par Sciences-Po Paris, l’Institut universitaire européen à Florence et se poursuit à Zurich où il a coordonné le Centre pour la démocratie électronique. Il est aujourd’hui membre du Governance Lab de la New-York University et au conseil du Participatory Budgeting Project (Etats-Unis).
A lire et à suivre : le site DemocracySpot, à l’intersection de la participation et de la technologie de Tiago Peixoto [en anglais]