Tiago Peixoto travaille au sein de la Banque mondiale et accompagne les administrations publiques dans leurs pratiques de gouvernance. Le budget participatif est un exemple des programmes qu’il conduit dans les Pays du sud.  

1- Utile à la construction du contrat social

Dans les Pays émergents, l’Etat est un acteur émergent. « La légitimité de l’administration est à construire, explique Tiago Peixoto, il faut créer la confiance pour aboutir à un contrat social entre l’Etat et les citoyens ». Le budget participatif vise à attirer l’attention sur les finances publiques, principal levier de l’action politique.


2- Un outil pour encourager le civisme fiscal

« Les biens publics, les services publics ont un coût. » Or, dans les Pays du sud, la faible légitimité de l’administration va de pair avec un faible taux de recouvrement de l’impôt. Le budget participatif a un rôle pédagogique. De fait, ces programmes ont montré qu’ils avaient un impact sur l’accroissement des recettes fiscales.

♦ Lire aussi notre enquête « Pourquoi fait-on des budgets participatifs dans le monde ? »


3- Le Budget participatif ne meurt jamais !

« Il arrive que le budget participatif passe en unité de thérapie intensive, mais il est rare qu’il meure ! » explique le spécialiste de la Banque mondiale. Les citoyens sont en effet très attachés au pouvoir que le programme leur donne. Pas étonnant dès lors que des programmes purement consultatifs aient « un taux de mortalité très élevé. »


4- Les projets des habitants et… ceux des autorités

« La typologie des projets est différente selon qu’il s’agit de projets initiés par l’administration, avec des infrastructures ou de nouveaux équipements, ou des projets initiés par les habitants qui seront plutôt des réhabilitations de l’existant ou de petits projets. » poursuit le spécialiste.

♦ Lire la première partie de notre rencontre avec Tiago Peixoto


5- Après la Révolution, la participation au budget

En marge de l’interview, j’ai assisté, lors de l’OGP, à la présentation du projet tunisien qui vise à accompagner la décentralisation, initiée après la Révolution. Il s’agit de critères de transparence et de participation des habitants aux orientations budgétaires notamment. A partir d’un score de 70/100, les collectivités perçoivent 100% de la dotation de l’Etat. Aujourd’hui la note moyenne est de 58/100.

 


Bilan : le budget participatif pour renforcer le contrat social


Pour légitimer son action, l’administration a besoin de la confiance des citoyens. Le budget participatif est un moyen d’y parvenir. En travaillant sur la transparence dans l’usage des ressources budgétaires, il conduit aussi à davantage de civisme fiscal… et à des projets davantage en adéquation avec les besoins. Une solution intéressante qui ne doit pas faire oublier un point essentiel : pour se développer un pays doit aussi se doter d’infrastructures.


Directeur de projets pour la Commission européenne, l’OCDE, l’ONU ou les gouvernements brésiliens et britanniques, Tiago Peixoto est un spécialiste international de la gouvernance publique. Il exerce depuis 2010 à la Banque mondiale, à Washington. Sa carrière universitaire passe par Sciences-Po Paris, l’Institut universitaire européen à Florence et se poursuit à Zurich où il a coordonné le Centre pour la démocratie électronique. Il est aujourd’hui membre du Governance Lab de la New-York University et au conseil du Participatory Budgeting Project (Etats-Unis).
A lire et à suivre : le site DemocracySpot, à l’intersection de la participation et de la technologie de Tiago Peixoto [en anglais]