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Le Covid-19 va aussi changer le Budget participatif

Il est difficile de prévoir les conséquences de la crise sanitaire actuelle, mais elles auront un impact sur les Budgets participatifs, la démarche en elle-même et les projets.

Un espace public à réapprivoiser

Depuis le 15 mars, l’espace public a disparu. Il n’est plus un lieu d’échanges, sinon pour satisfaire des besoins de première nécessité. Dire que l’espace public est devenu numérique serait une erreur. Dans l’espace public, nous sommes confrontés à l’altérité, en ligne nous choisissons nos liens.

Le déconfinement sera aussi une réappropriation de l’espace public. L’expérience du quartier vécu dans un rayon d’un kilomètre, aura enrichi les perceptions et les attentes de services de proximité. Les projets à l’échelle du quartier pourraient s’accroître, en faveur des espaces de jeux et de respiration.

L’hygiène, une nouvelle préoccupation majeure


Maintenir une distance d’un mètre, porter un masque, se laver les mains fréquemment, ces précautions vont s’inscrire durablement dans nos habitudes. L’épidémie de Covid-19 nous a mis face à notre vulnérabilité, alors que nous avions érigé en exigence le risque zéro.

Des opérations de désinfection du mobilier urbain ont déjà été lancées. Il est difficile d’imaginer des parents laisser leurs enfants accéder à une aire de jeux sans garantie. Les points d’eau équipés de désinfectant ou de savon devraient apparaître dans les projets déposés et votés.

L’avènement des “makers”


La confection de masques, l’impression 3D de protections ou encore l’adaptation de l’outil de production à la fourniture de respirateurs marquent l’engagement des savoir-faire et valorisent l’ingéniosité au service du collectif (Lire : 5 enseignements immédiats pour la participation).

Les “mains d’or” de la crise sanitaire, les adeptes du “système D” pour débrouille ont gagné leurs lettres de noblesse dans l’ensemble de la société. Les projets d’acquisition d’imprimantes 3D, de petits outillages, voire d’ateliers complets, pourraient se multiplier au Budget participatif.

Les produits locaux distribués autrement


La distanciation sociale a conduit à privilégier la livraison à domicile ou en “drive” et ce mode de consommation perdurera (à lire ici). La (quasi-)disparition des marchés a, dans le même temps, limité l’accès des producteurs locaux à leurs clients. Le numérique tente de palier l’absence de lieux d’échange physique et faciliter la livraison à proximité.

L’émergence d’un nouveau mode de distribution pour une production déjà socialement valorisée sera encouragée. Il est difficile d’estimer les volumes mais la crise a un effet révélateur. Des casiers de livraison pour le frais, ou un nouvel usage des frigos solidaires, pourraient se développer avec les Budgets participatifs.

Un Cœur de ville à faire battre à nouveau


Les plans Actions Cœur de ville (en savoir plus) tentaient avant la crise de travailler à refaire de cet espace un lieu de centralité sociale, économique et culturelle. La crise, aujourd’hui sanitaire, devrait encore davantage fragiliser l’attractivité et le tissu commercial.

Les Budgets participatifs pour les cœurs de ville ont déjà vu le jour avant la crise, avec généralement des moyens (très) limités. Les élus pourraient décider de concentrer le Budget participatif dans cette direction, au lieu d’une répartition par quartier (voir ce point dans l’enquête annuelle, III “les mêmes règles produisent les mêmes effets).

Accueillir la ville à la campagne


La crise sanitaire pourrait aussi être une opportunité pour les villes moyennes. Le confinement conduit les urbains à remettre en question l’attractivité des métropoles. Il ne s’agit pas d’une nouveauté, mais la crise pourrait faire se réaliser ce qui, jusque-là, n’étaient que des projets.

L’attractivité d’une commune ne doit pas conduire à la juxtaposition des populations. Chacun doit pouvoir y trouver sa place et s’exprimer. Les Budgets participatifs, mis en avant par les listes candidates aux élections municipales, auront là une nouvelle raison d’être engagés.

Travail, éducation : de nouveaux modèles d’organisation à distance


L’éducation à distance a ses limites. 5 à 8% d’élèves auraient décroché (en savoir plus). Le télétravail concernait 25% des salariés du privé et 36% du public et, d’abord les cadres (66%) et les professions intermédiaires (35%) (voir ci-après). Ces expériences vont remettre en cause le modèle éducatif et l’organisation du travail.

Il ne faudra pas oublier ceux “en première ligne”, les soignants bien sûr, les personnels de la grande distribution, des services publics. Cependant, des projets seront proposés pour faciliter le télétravail ou l’éducation à distance, dans les Budgets participatifs. Il sera intéressant de voir qui les vote.

Les personnes âgées : des solutions à un confinement prolongé.


Parmi les effets immédiats de la crise sanitaire sur la participation citoyenne (à lire ici), un grand débat sur la dépendance donnerait voix au chapitre aux acteurs mais également aux citoyens. Après cette crise , les personnes âgées devraient subir le confinement (bien) davantage.

Le lien avec nos aînés sera d’autant plus difficile à maintenir qu’ils sont les moins familiers des outils de communication numériques. Les citoyens proposeront des solutions face à l’isolement dans le cadre des Budgets participatifs. Les collectivités devront donner aux aînés les moyens de voter.

L’environnement : choisir des réponses, pas se les voir imposer


L’apparition du COvid-19 a probablement été causée par la consommation d’une espèce protégée. La destruction de l’environnement a de cruels effets, ici sanitaires, partout climatiques… D’aucuns positivent sur l’amélioration de la qualité de l’air…

Le confinement est la pire réponse à l’urgence climatique. Cependant, la crise a le mérite de nous montrer qu’il existe des réponses non-choisies et des réponses que nous pouvons choisir. 40% des projets du Budget participatif visent la protection de la biodiversité. L’environnement ne sera sans doute par la priorité 2020, mais elle pourrait revenir vite et plus forte.

La participation numérique, une solution qui va s’imposer d’elle-même


La disparition de l’espace public, la distanciation, l’éducation à distance ou le télétravail ont un effet immédiat sur nos pratiques numériques. Nous nous informons, nous apprenons, nous travaillons, nous jouons, nous nous divertissons à distance. Et si demain, nous votions à distance ?

La participation aux élections municipales a été affaiblie par la crainte de la contagion. Des responsables politiques ont proposé le vote par correspondance pour palier le risque (avéré) d’une forte abstention. La participation numérique aurait pu également y remédier.

Des maires en quête de participation


La faible participation aux élections municipales a pu être accentuée par l’abstention d’une cohorte toujours au rendez-vous : les personnes âgées, qui auraient craint pour leur santé. L’abstention a aussi été encouragée par la défiance, suite aux injonctions contradictoires entre le devoir de se confiner et celui de voter.

Les listes élues au premier tour vont devoir travailler six ans face à des oppositions qui n’hésiteront pas à remettre en question leur légitimité. Elles devront s’appuyer sur la participation citoyenne pour légitimer leurs choix et, en particulier, sur le Budget participatif, dans le cadre d’un partage de la décision.

Bilan | Après les élections


La crise sanitaire a engendré des transformations, des comportements que nous avons adopté pour l’éducation, pour travailler, consommer. Elle conduit à la prise de conscience de notre vulnérabilité. Cette crise aura des impacts concrets sur nos modes de vie dans l’après-confinement.  

Elle influera aussi les Budgets participatifs, leurs objectifs et les projets qui seront proposés et votés. Les questions économiques et sociales auront également des conséquences. Je proposerai de nouvelles pistes de réflexion prochainement.

La crise ouvre aussi un questionnement sur l’autorité. La gestion de la crise par les régimes non démocratiques aura peut-être valeur d’exemple demain (à lire ici). N’oublions que nous avons, ici, la liberté d’en débattre librement.


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