loader-logo

Le Budget participatif est-il un bon laboratoire électoral ?

L’année 2022 sera électorale. L’année qui démarre sera une année d’élections : Présidentielles les 10 et 24 avril et Législatives les 12 et 19 juin. Voter oui, mais comment ? Le Budget participatif est aussi un laboratoire électoral. Comment peut-il inspirer les candidats et à quelles pistes communes réfléchir ?

La question du vote au Budget participatif est autant complexe que symbolique. Elle est aussi un terrain d’expérimentation. La Ville de Paris l’a montré l’an passé, en organisant un vote au jugement majoritaire des projets du Budget participatif. C’est cette modalité qui a également été retenue par la Primaire populaire qui vise à départager les candidats classés à gauche qui s’y présenteront. Elle est promue en France par l’association Mieux voter et a d’ores et déjà été testée par En Marche pour ces élections internes. Récemment, un sondage réalisé au jugement majoritaire donnait un résultat détonnant pour la Présidentielle.

Le jugement majoritaire invite à choisir entre les différents candidats ou projets en les notant sur une échelle allant du rejet complet à l’adhésion totale. Il présente l’avantage d’éliminer les plus clivants. Au Budget participatif, il implique également de réunir les projets en un ensemble cohérent, afin de ne pas rendre la démarche fastidieuse pour les habitants s’ils devaient se prononcer sur chacune des propositions. Autre inconvénient : son format peut dérouter. Mais le Budget participatif n’est-il pas justement un outil d’acculturation à de nouvelles pratiques démocratiques ?

Le vote au jugement majoritaire a fait sa première apparition publique dans le cadre du Budget participatif parisien.

Le vote au Budget participatif ou comment s’interroger sur une pratique naturelle


Dans la boîte à outils de la participation citoyenne, d’autres modalités de vote, mieux connues sont possibles :  le vote par sélection, le vote préférentiel ou encore le vote par jeton. De quoi parle-t-on ? C’est simple. Le vote par sélection donne à l’électeur le choix de voter pour le nombre de projets de son/votre choix ; le préférentiel pour des projets dans l’ordre de son choix ; le vote par jeton invite à porter un nombre de points sur les projets de son choix. Afin de limiter les effets du lobbying des acteurs les mieux organisés, il est conseillé de faire toujours voter pour plus d’un projet.

Car, c’est une constante sur laquelle nous sommes régulièrement interrogés : comment faire pour que le Budget participatif bénéficie à tous et pas uniquement aux groupes les mieux organisés ? Ou pour le dire autrement : les associations ne risquent-elles pas d’accaparer le montant alloué pour tous ? Une interrogation qui, soit dit en passant, est aussi présente dans la sphère représentative, les partis (ou les candidats dans le cadre de primaires par exemple) les mieux organisés ayant davantage de chances de remporter des voix…  En fait, il existe des pistes pour davantage d’égalité entre les porteurs de projet, des modalités de vote adaptées ou encore une mutualisation des projets.

Au-delà de participer localement au Budget participatif, des associations s’organisent pour assurer une présence globale.

Le vote au Budget participatif ou comment s’interroger sur la participation


La participation au vote est la grande inconnue des élections à venir. Si les élections présidentielles mobilisent généralement, une forte abstention pourrait changer la donne. Quant à l’élection législative, le précédent de 2017 et les tendances observées successivement aux élections européennes, municipales, puis départementales et régionales ne sont guère encourageantes. Et faire la leçon à son électorat n’a aucun effet sur sa remobilisation en vue d’un second tour.

Une faible participation conduit toujours à ce que des candidats soient élus mais fragilise leur légitimité. Cet enjeu de légitimité est également interrogé au Budget participatif quand le vote ne tient pas toutes ces promesses. A la différence des élections représentatives, le Budget participatif permet en revanche à toutes les sensibilités de s’exprimer et à une diversité de « causes » d’aboutir à des réalisations concrètes. Les candidats, de leur côté, semblent avoir de plus en plus de difficultés à s’adresser à la multiplicité des causes particulières et parfois contradictoires.

A Lisbonne, le Budget participatif a fait naître ces abris pour les chats errants. La cause animale est très présente dans la démarche tandis qu’elle commence à l’être dans les discours politiques et l’action publique.

Le Budget participatif ou comment inspirer la manière de décider


Le Budget participatif ne connait pas cette difficulté de s’adresser à toutes les catégories de la population, puisque que ce sont les citoyens qui adressent leurs idées et leurs décisions. Cependant, il faut encore agir pour d’une part le faire connaître à tous et d’autre part faire davantage dialoguer autour des projets.

Dialoguer autour des projets, voter en s’ouvrant à la nuance, donner plus de place à des causes que les candidats peinent à incarner, voilà un programme qui pourrait inspirer les élections à venir !