Les budgets participatifs sont arrivés au Chili dès le début des années 2000. Au gré des alternances politiques, cette innovation démocratique peine à s’inscrire durablement dans le paysage. Les récentes initiatives de grandes villes pourraient changer la donne.

En général, les projets défendus et votés par les Chiliens à travers le budget participatif correspondent à des aménagements d’espaces publics, la création de terrains sportifs ou encore des dépenses de sécurité… Rien que de très classique, mais Juan Salinas Fernandez du Foro chileno de Presupuesto participativo se souvient d’un exemple qu’aucun politique, aucun technicien n’aurait jamais imaginé.

Le Foro chileno de Presupuesto participativo
Au-delà de l’information et de la promotion des budgets participatifs au Chili, cette association forme les élus et les professionnels. Elle est animée par un spécialiste des sciences sociales et des politiques publiques locales, Juan Salinas Fernandez. Il travaille, au sein de l’association nationale des communes, au développement des budgets participatifs d’Arica au nord à Punta Arenas au sud.

Des difficultés à s’inscrire dans le temps

Foro Chileno Presupuesto participativo | Juan Salinas Fernandez | budget participatif

Juan Salinas Fernandez du Foro chileno de Presupuesto participativo nous a présenté la situation des budgets participatifs au Chili.

Dans la ville de Buin, au sud de Santiago, une « grotte de la vierge » a créé la surprise en remportant les suffrages. Pour Juan Salinas Fernandez, ce projet, aussi déconcertant soit-il, s’inscrit bien dans le principe des budgets participatifs, donner aux citoyens le pouvoir de décider les priorités. Tant pis si l’administration aurait privilégié ici des investissements d’adduction d’eau ou de voirie !

Au Chili, les budgets participatifs datent du début des années 2000, sous l’impulsion de la fondation Friedrich Ebert. Aujourd’hui, une trentaine de municipalités sur les 340 que compte le pays appliquent ce programme. Cependant, il peine à s’inscrire durablement dans le paysage démocratique. Des programmes apparaissent et disparaissent au gré des alternances politiques, à de rares exceptions telles que San Antonio, La Serena ou Buin par exemple.

Plus de projets avec moins de ressources
La modeste décentralisation combiné à la large variété de missions de l’Etat que doivent assurer les municipalités chiliennes réduit leurs marges de manœuvre financières et les budgets participatifs dépassent rarement les 2 à 3% du budget total. Cependant, les habitants davantage de projets avec ses faibles ressources. Parce qu’ils sont plus investis dans ces petits projets quand les municipalités se concentrent davantage sur de plus importants et parce qu’ils peuvent davantage négocier avec les entreprises.

De nouveaux budgets participatifs dans de grandes villes

Point positif, de grandes villes se sont récemment lancées, à l’image de la capitale, Santiago, Temuco, Arica ou encore Punta Arenas. Ces nouveaux programmes sont apparus au cours du dernier mandat. Juan Salinas Fernandez, qui conseille les municipalités, a pu noter combien les maires ont mis du temps à se décider. « Il peut y avoir une crainte de perdre le contrôle. » Les administrations peuvent aussi freiner le dispositif : « Il arrive que les fonctionnaires déprécient le point de vue des habitants.

« Les élus apprécient que leurs administrés s’investissent dans la politique locale. » Mais leur degré d’engagement varie. Dans les villes les plus en pointe, il ne s’agit rien moins que de « démocratiser la démocratie ». Pour d’autres, l’objectif est de faire participer les habitants aux aménagements locaux. Ailleurs, Camilo Aedo, auteur d’une thèse sur le sujet au Chili, note que le dispositif n’exprime pas tout son potentiel faute de réelle volonté politique.

Le rôle de dirigeants associatifs dans les budgets participatifs
Les budgets participatifs chiliens s’inscrivent, en majorité, dans un modèle représentatif. Les assemblées réunissent les associations locales et leurs dirigeants sont régulièrement élus pour porter les projets. C’est à ces élus que revient le rôle de concrétiser les projets, la municipalité n’observant qu’un rôle de contrôle – doublé du contrôle social des habitants. A noter, la participation associative au Chili est plutôt faible et se concentre d’abord sur les groupes paroissiaux, puis les clubs sportifs et, nous y reviendrons, les « juntas de vecinos » .

Une trentaine de municipalités applique aujourd’hui cette innovation démocratique. Les nouvelles venues, par leur envergure, pourraient en entraîner d’autres dans leurs sillages. Les plus expérimentées ont accumulé une connaissance que tend à amplifier le Foro chileno de Presupuesto participativo. Un renouveau durable est-il en marche ? Il dépendra aussi des résultats des prochaines municipales, en octobre prochain.


Image de couverture : Vue du centre de Santiago depuis le Cerro San Cristobal. La capitale chilienne, qui s’étend entre Cordillère des Andes et la Cordillère de la Costa, est régulièrement plongée sous le smog. Elle a récemment lancé un budget participatif. En 2015, il concernait trois quartiers.

Photos : DR