L’enquête nationale lesbudgetsparticipatifs.fr 2018 a présenté une médiane de participation de 4%. Les chiffres de la dernière édition parisienne ou du Département rural du Gers montrent des résultats bien supérieurs. Quelques pistes d’explication. 


Dans les zones rurales, le budget participatif marque le retour de l’investissement public.


Dans le Département du Gers, Christian Martin, président du Département du Gers, témoignait de l’engouement pour le budget participatif avec une affluence rare lors des réunions publiques, régulièrement relayées par La Dépêche, et un intérêt comparativement plus marqué dans les villages.

Il confiait aussi la surprise des habitants sur les marchés. Ceux-là sont plus habitués à croiser des élus qui leur proposent des solutions d’avenir que de choisir ces solutions. Pour expliquer ce succès de participation, peut-être l’explication est-elle liée au contexte de la ruralité.

Dans des zones rurales où les habitants se sont habitués à voir les investissements se réduire et les services publics s’éloigner, le budget participatif c’est d’abord le retour de l’investissement public.  Non seulement les habitants ne subissent plus les décisions prises loin de chez eux, mais encore ce sont eux qui prennent la décision.

Les habitants ne constatent pas ici la réfection de la route qui ne fait que traverser le village ou la création d’une voie à grande vitesse qui relie une métropole à une autre. Avec le budget participatif, l’argent public réalise les investissements ici, pour les gens et pour de bon.

 


Dans les métropoles et les grandes villes, le budget participatif doit être visible.


La réalisation, visible dans l’espace public, des projets du budget participatif est sans doute la meilleure preuve de la réalité de la promesse « vous décidez, nous réalisons ».

Quand j’interrogeai Laurent Riera, directeur de la communication de Rennes et primé par l’association des communicants publics Cap Com pour l’accompagnement du budget participatif, celui-ci rappelait combien le programme, pour gagner la confiance des habitants devait être, par ses résultats, vérifié et vérifiable.

La démocratie a ses symboles, ses lieux d’expression, de l’urne à l’Assemblée nationale. Le budget participatif ne peut se contenter de son identité visuelle, des affiches ou même de sa plateforme de participation en ligne. Précisément parce qu’elle n’est accessible que sur un écran.

Les budgets participatifs qui savent occuper l’espace public assurent leur visibilité et l’accès de tous à la décision publique. Cette forte présence des urnes ou des facilitateurs dans la cité incarnent le budget participatif et donnent aux citoyens la capacité d’agir.

 


Bilan | Plus de participation, mais pour quoi faire ?


Depuis 2014 et l’essor sans précédent des budgets participatifs, la question de la participation a été pensée sous des angles différents : s’agit-il de développer la participation en général, quitte à faire du chiffre ? Ou s’agit-il de refaire de la citoyenneté (et pourquoi pas auprès des populations en retrait) ?

D’un côté, une forme de culte du chiffre peut occulter le travail mené sur le terrain pour redynamiser la citoyenneté, en particulier à vis à de citoyens peu investis, voire en retrait de la vie citoyenne. Un travail de longue haleine.

Ces deux objectifs ne sont pourtant ni contradictoires, ni inconciliables. Le budget participatif n’assurera sa pérennité dans le temps que s’il parvient à gagner en visibilité et en crédit. Une forte participation, preuve de succès pour les médias et l’opinion sont nécessaires.

Cette pérennité est aussi le gage pour les services qui travaillent au développement de la citoyenneté de pouvoir agir dans le temps et poursuivre le travail engagé.


 

Photo prise à Montreuil présentant un des vélos triporteurs que les villes sont de plus en plus nombreuses à utiliser pour donner de la visibilité au budget participatif dans l’espace public.