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Annuler, s’adapter ou s’engager : les collectivités au temps du Covid-19

Avec la crise du Covid-19, certaines collectivités ont fait le choix d’annuler leur Budget participatif. D’autres, au contraire, se sont adaptées pour maintenir leur édition malgré les règles de distanciation sociale. Ailleurs et alors qu’ils viennent d’être investis, les nouveaux élus réaffirment leurs engagements de campagne. Tour d’horizon et explications.

Un Forum des idées pour rencontrer les porteurs de projet du Budget participatif (photo) ? Ce Rendez-vous auquel les Grenoblois participaient chaque printemps n’a pu avoir lieu cette année et la ville a du innover pour faire de cet événement physique, un Rendez-vous numérique.
Dans les Départements, l’édition 2020 a régulièrement été ajournée, à commencer par un Budget participatif-phare…

Il était effet le Budget participatif à la plus forte participation. Un quart des habitants du Département avait glissé un bulletin dans l’urne pour son deuxième opus, l’an dernier. Le 15 mai, Philippe Martin a pourtant décidé de mettre l’édition 2020 du Budget participatif Gersois entre parenthèses et d’abonder de son million et demi un « Plan Marshall » de 4 millions d’euros.

Ce plan viendra en aide aux artisans et commerçants via la Région, aux communes après leurs dépenses sanitaires exceptionnelles, ou encore au tourisme et aux secteurs culturels, sportif et agricoles. La “démocratie continue” est provisoirement interrompue.

Pour la Seine-Saint-Denis, il était difficile, durant le confinement, d’imaginer les règles de distanciation sociale qui régissent aujourd’hui les réunions et d’organiser des ateliers.

Le Gers n’est pas le seul Département à ne pas (re-)conduire la démarche cette année. La Seine-Saint-Denis a choisi de ne pas lancer sa première édition. Le Budget participatif visait des projets éco-responsables et citoyens (lesbudgetsparticipatifs.fr a travaillé sur ce projet). Il était dotée de 1,5 millions d’euros.

Dans ce Département, les ateliers en présentiel étaient une priorité. Le confinement, puis la difficulté à anticiper les règles appelées à régir le déconfinement ont eu raison de la démarche. Elles pourrait cependant voir le jour après les élections départementales, l’année prochaine.

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Le Département de la Gironde veut inventer le “monde d’après”


Le Département de la Gironde a, en revanche, décidé de maintenir la première édition de son Budget participatif. Dotée de 700 000 euros, la démarche s’adresse aux jeunes de 11 à 30 ans qui peuvent déposer leurs idées en ligne depuis fin avril et jusqu’à fin juillet. Les projets seront, par la suite, soumis au vote de tous les Girondins.

Faisant le constat que la période du confinement avait été propice à la réflexion sur le “monde d’après” avec de nombreux appels lancés pour imaginer la société qui pourrait naître de cette crise (l’auteur de ces lignes participe à l’initiative Après-Maintenant), Jean-Luc Gleyze, le président du Département a décidé de mener à bien ce projet.

En Ille-et-Vilaine, le Budget participatif Jeunesse, d’abord suspendu, a, finalement, été annulé. L’indisponibilité des maires a rendu difficile l’étude des projets. Ces 47 premières idées seront étudiés par ailleurs, explique-t-on au Département. Limité à deux territoires et doté de 100 000 euros, cette première édition expérimentale devrait s’étendre au Département dès 2021.

Pour les Départements, le printemps 2020 était aussi la dernière fenêtre de lancement pour le Budget participatif. Après avoir collecté les projets au printemps, les avoir analysés cet été, il s’agissait d’organiser l’élection avant la période de réserve préélectorale, à l’automne, six mois avant le premier tour. L’accélération des Budgets participatifs départementaux devra attendre 2021. Les Régions devraient à leur tour s’engager massivement.

Pour les Départements, le printemps 2020 était aussi la dernière fenêtre de lancement pour le Budget participatif.

Dans les villes engagées, on a fait avec le confinement


Si le Département de la Gironde a lancé sa démarche pendant le confinement, dans les villes, les Budgets participatifs se sont poursuivis, à l’image des éditions d’Angers, de Metz ou Grenoble. A Paris, en revanche, la mairie a choisi de faire une pause en cette année électorale.

A Angers, Christophe Béchu a été réélu dès le 15 mars avec près de 58% des voix. A Metz, si le maire, Dominique Gros ne se représentait pas, Thomas Scuderi, son adjoint en charge de la citoyenneté et du Budget participatif briguait la mairie. Il ne sera pas tête de liste le 28 juin prochain. Dans les deux villes, les projets déposés ont été limités par le confinement.

Dans les villes dans lesquelles l’appel à projets avait lieu durant le confinement, les projets déposés ont été limités par l’interdiction de se projeter à l’extérieur.

A Angers, l’appel à projets s’est terminé le 30 avril et leur nombre a baissé, passant de plus de 300 projets en 2019 à moins de 200 cette année. A Metz, la fin de l’appel à projets se termine avec le printemps traditionnellement. Cette année : entre les deux tours du scrutin. Elle a été reculée au 4 mai pour collecter 577 idées contre 700 l’an dernier, un chiffre comparable à 2018.

A Grenoble, l’appel à idées s’était terminé le 19 février, un mois avant les élections et le confinement. En revanche, le Forum des idées qui permet aux citoyens de présélectionner 30 projets, n’a donc pu avoir lieu en mai. La centaine de projets fait l’objet d’échanges en ligne en visioconférence et via Youtube (la conception et la supervision des échanges a été confiée à lesbudgetsparticipatifs.fr)

Son populaire Forum du Budget participatif n’ayant pu avoir lieu en mai, Grenoble a organisé (avec lesbudgetsparticipatifs.fr) des ateliers en visioconférence avec porteurs de projet et citoyens, diffusés en direct sur sa chaîne Youtube : les Rendez-vous du Budget participatif.

Les engagements des nouveaux élus


L’état d’urgence sanitaire a conduit à une stricte limitation des libertés publiques et à une mise entre parenthèses de la vie démocratique. Avec des conséquences très concrètes sur les décisions de gestion et d’investissement et, bien sûr, sur les élections municipales. Depuis le 15 mars, le lien entre élus et citoyens et la participation des citoyens à la vie locale, ont été très fortement réduits.

L’annonce d’un second tour “sous condition” à la date du 28 juin a redonné de l’allant à la vie locale et le déconfinement a permis d’élire les maires et leurs adjoints lors des conseils municipaux d’investiture pour les 30125 listes élues au premier tour. Masquées, distantes d’un mètre ou plus, les images de ces nouvelles équipes municipales sont un symbole fort de la démocratie “post-covid”.

A Epernay, le maire a décidé de doubler le montant du Budget participatif.

Pour de nombreux nouveaux élus, le conseil municipal d’investiture a été l’occasion de réaffirmer leur volonté de mener à bien le Budget participatif, comme ils s’y étaient engagés durant la campagne. A Épernay, où il a été réélu dès le premier tour, le maire, Franck Leroy annonçait même début mai, durant le confinement, le doublement du Budget participatif de la ville de 100 000 à 200 000 euros.

Le Conseil municipal d’investiture à Nanterre illustre combien les règles de distanciation sociale sont contraignantes pour organiser ateliers et réunions publiques. La ville, comme toutes celles qui organisent un Budget participatif, y sera confrontée .

Bilan : une pause avant une réappropriation des enjeux locaux


La crise du covid-19 a barré la route des Budgets participatifs Gersois, de Seine-Saint-Denis et d’Ille-et-Vilaine pour des raisons de priorité politique ou techniques. Pour la Gironde, le coronavirus a, inversement, encouragé à voir dans la démarche le prolongement concret des réflexion consacrées au “monde d’après”. La période a en effet été propice à la réflexion sur l’avenir.

Dans les villes qui ont maintenu leur Budget participatif, on constate une baisse du nombre des projets déposés. Le confinement semble avoir rendu plus aiséde se projeter dans “le monde d’après” que dans le monde présent et ses dangers. Le confinement et les règles de distanciation sociale nous ont coupé du monde du dehors mais aussi les uns des autres. Ce lien sera aussi à retisser.

Que le Budget participatif soit conçu pour répondre aux aspirations d’un monde meilleur – qui peut commencer dès la sortie de chez soi – ou pour reconnecter les habitants, les maires semblent bien décidé à maintenir leur engagement d’associer les citoyens à la décision. Passées leurs échéances électorales, en mars 2021, les présidents de Département et de Région devraient leur emboîter le pas.