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Les publics jeunes au Budget participatif

Les Budgets participatifs permettent un engagement ponctuel, souple et centré sur un projet concret. Des caractéristiques à-même de séduire les plus jeunes ? Comment les collectivités s’ouvrent-elles à ces publics ?

Cet article est issu des Actes des 5èmes Rencontres nationales des Budgets participatifs, organisées par la Ville de Clermont-Ferrand, les 2 et 3 décembre 2020.

Ville de Floirac (33) : 17 500 habitants, 160 000 €, à partir de 9 ans

La Ville de Floirac a lancé la première édition de son Budget participatif en 2017 en ouvrant la participation dès 9 ans, qu’il s’agisse de proposer ou de voter des projets. Dès 2018, la Ville a ajouté au montant initial de 200 000 € un budget “jeunes” de 60 000 €. Dans les faits, tous les Floracais peuvent proposer et voter des projets pour les jeunes.

Pour accompagner la participation des publics jeunes, la Ville a mis en œuvre des actions en direction des écoles et des collèges du territoire. Le Budget participatif a ainsi été présenté dans des établissements scolaires et, à la demande des enseignants, des ateliers ont été conduits auprès des élèves par l’élu et l’agent en charge du Budget participatif. Des classes des écoles élémentaires et d’un collège, accompagnées par leur professeur, ont proposé des projets au Budget participatif. La Ville s’est aussi adressée directement à ces publics, avec par exemple au moment du vote, une urne mobile installée à la sortie des établissements.

Les projets portés par des jeunes scolarisés concernent les établissements scolaires eux-mêmes ou leur environnement. On note par exemple un parcours de motricité, des tables de jeux ou l’aménagement d’une cour mixte, donnant autant d’espace aux filles qu’aux garçons. Aux abords des établissements, le Budget participatif a permis la réalisation d’une aire de jeux ou d’une fresque.

Les projets des jeunes au Budget participatif répondent en premier lieu à leurs attentes et aspirations. La Ville a aujourd’hui pour objectif de développer avec les jeunes des projets à destination de tous les Floracais. Dès à présent, on note un sentiment de reconnaissance des enfants et adolescents qui ont vu leurs projets votés par les habitants et le respect qu’ils accordent aux réalisations issues du Budget participatif ; un constat étayé par l’absence de dégradations constatées sur ces dernières.

Le Budget participatif donne davantage de place aux plus jeunes dans la cité et permet la reconnaissance de leur citoyenneté d’usage. Une démarche également reconnue par l’édition 2019 du Brevet des collèges qui en avait fait l’un de ses sujets !


Conseil départemental du Val-de-Marne (94) – 1,39 millions d’habitants, 2,5 M€

Le Budget participatif du Département du Val-de-Marne ou « Budget citoyen » est doté d’une enveloppe de 2,5 millions d’euros et porte exclusivement sur les 16 Parcs de compétence départementale répartis sur le territoire. En résultent des projets fortement empreints de vivre-ensemble et d’écologie. Son originalité réside dans le fait qu’il intègre les jeunes à l’analyse des projets déposés, dans le cadre d’un « Labo citoyen ».

Le Département a décidé d’associer fortement les jeunes âgés de 18 à 25 ans au Budget participatif. Au sein du Labo citoyen, 94 jeunes ont été réunis, au cours de deux soirées puis d’une journée complète de travail. Ces jeunes ont été recrutés par tirage au sort dans le but de refléter la diversité de la population et du territoire par leur situation (en situation d’étude, d’emploi, en recherche d’emploi) et leur origine géographique, en privilégiant des individus non-affiliés à une instance de participation citoyenne.

Sur les 94 jeunes – en référence au numéro du Département – initialement ciblés, près de 70 ont participé à l’analyse des quelque 487 projets recueillis (ces derniers ayant déjà fait l’objet d’un premier avis technique émis par les services du Département sous la forme de fiches-idées). Après une présentation par le Département de son « Plan vert », les participants ont arrêté la liste des projets qui serait soumise au vote, en validant ou en écartant les fiches-idées, en les regroupant ou encore en les réécrivant.

Ces décisions ont confirmé ou infirmé l’avis des techniciens. Environ un tiers des projets ont donné lieu à un débat entre les agents du Département et les jeunes. Il faut retenir que cet exercice concret a été une satisfaction pour les habitants qui y ont pris part. Quelques-uns ont par ailleurs poursuivi leur engagement dans la démarche et participé à la phase de vote. Il faut aussi noter que les 25 projets qu’ils ont valorisés en leur attribuant un « coup de cœur » sont parmi ceux ayant recueilli le plus grand nombre de votes.

Le Département du Val-de-Marne a permis aux jeunes de prendre part à la décision. Si le nombre de participants a été un peu inférieur aux attentes initiales, il a su associer les jeunes à l’instruction en leur donnant une nouvelle légitimité.


Clermont-Ferrand : le contrat d’intégration et d’accueil des réfugiés (CTAIR)

À Clermont-Ferrand, la Ville a conclu avec les services de l’État (DIAIR) un Contrat d’intégration et d’accueil des réfugiés (CTAIR) en vue de leur offrir un meilleur accompagnement. Dans ce cadre, la Mission Réfugiés a lancé un appel à projets associatifs, pour lever les freins à l’intégration et améliorer les conditions de vie des personnes réfugiées. En parallèle, une cohorte d’une centaine de personnes réfugiées a également été constituée pour être associée au comité de sélection des projets associatifs retenus.

Cet engagement a permis à la Ville de travailler avec les réfugiés sur leurs récits de vie depuis leur arrivée à Clermont-Ferrand, mais aussi de recueillir leurs avis et leurs souhaits de développement concernant les structures et les dispositifs de droit commun qui leur sont ouverts. C’est dans l’objectif de partager leurs expériences que la Ville soutient un projet vidéo mené par des étudiants pour les faire témoigner. Fin 2019, les réfugiés de la cohorte ont participé à l’élaboration d’un Rallye de l’intégration à travers la ville.

Pour le mandat qui débute, la Ville porte plusieurs projets. Dans le cadre de son travail pour la reconnaissance d’une citoyenneté d’usage, elle souhaite multiplier les initiatives afin de permettre aux personnes réfugiées, d’origine étrangère et en insertion de trouver leur place dans les démarches de démocratie participative, qu’il s’agisse de participer ponctuellement, à l’image du Budget participatif ou d’intégrer les instances tels que le Conseil des habitants, le Conseil municipal des jeunes…


Participation des jeunes et diversification des publics : ce qu’il faut retenir

Le Budget participatif est un exercice concret de citoyenneté. Il s’appuie sur des modalités d’engagement souples. Cette démarche participative est par conséquent porteuse de sens, en particulier quand elle fait écho aux aspirations ou aux préoccupations des jeunes, par exemple en permettant d’aborder les questions environnementales.

Dans les faits, les jeunes qui ont pris part à l’expérience du Val-de-Marne ou de Floirac se montrent satisfaits. Pour ceux qui ont vu leurs projets élus suite au vote des citoyens, le Budget participatif marque une reconnaissance de leur place dans la cité. C’est cette envie de reconnaître la citoyenneté d’usage de ceux qui ne sont pas encore citoyens au sens légal du terme qui amène les collectivités à rechercher la participation la plus large possible, notamment celle des publics dits « empêchés » ou « éloignés ».