En 1997, Saint-Denis devient la première commune en France à lancer un budget participatif. Ce programme, disparu depuis, devrait prochainement renaître. Retour sur cette expérience pionnière avec Patrick Braouezec, ancien maire de la ville et Président de Plaine Commune.

D’Istanbul à Saint-Denis

« Un télescopage » c’est ainsi que le Président de Plaine commune décrit le concours de circonstances qui a conduit au premier budget participatif français. Tout démarre en 1996, à Istanbul. Patrick Braouezec assiste au sommet ONU-Habitat II. Le sommet mondial des villes vient de récompenser la ville brésilienne de Porto-Alegre pour son « Orçamento participativo« . Faut-il traduire ? Le programme intéresse le maire français qui invite son homologue, Olivo Dutra, à Saint-Denis. Coïncidence, le Brésilien y a un ami enseignant. Il traduira. Le programme est lancé dès l’année suivante.

Une reconnaissance internationale
Le budget participatif est aussi née de raisons politiques à Porto-Alegre rappelle Patrick Braouezec. L’exécutif de la ville était issu du Parti des Travailleurs et n’avait pas la majorité à l’assemblée municipale.
La reconnaissance internationale devait aussi faire taire les critiques locales.

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« Lors du vote du budget, les propositions des habitants étaient marquées d’une astérisque. » se souvient Patrick Braouezec, alors Maire de Saint-Denis.

De Porto-Alegre à Saint-Denis

Saint-Denis a déjà une solide expérience de la démocratie participative. Depuis le milieu des années 1980, la ville a lancé les démarches quartiers pour retisser le lien entre les habitants et la mairie. Avec le programme, il s’agit de donner aux habitants les clés du budget et les inviter à faire leurs propositions. Le budget participatif doit dynamiser les instances de quartier. In fine, ce sont les élus qui décident. « Lors du vote du budget, les propositions des habitants étaient marquées d’une astérisque, » se souvient l’ancien maire.

Un budget participatif brésilien ?
Le système pyramidal qui vise à faire émerger les propositions et les construire au niveau des quartiers semble s’inspirer de Porto-Alegre. En réalité, il s’est bâti sur « Les démarches quartiers », des instances qui existaient depuis dix ans.


Un budget participatif pour faire des économies

Rapidement, les habitants de Saint-Denis vont être invités à participer pour proposer… des économies. En bref, l’une des entreprises de la ville a quitté le territoire sans s’acquitter de la taxe professionnelle. Un manque à gagner d’environ deux millions d’euros se rappelle l’actuel président de Plaine commune. « A livre ouvert, les habitants ont regardé où faire des économies. Après une quinzaine de pages, une dame m’a arrêté : « M. le Maire, ça ne va pas du tout ! On en est à la moitié et on n’a fait qu’un million [de francs] d’économies ! » Au final, l’Etat compensera.

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De Saint-Denis à Porto-Alegre

Au début des années 2000, le Forum social mondial se tient à Porto-Alegre, au Brésil. La ville qui a inventé le budget participatif devient la capitale d’un autre monde possible. Saint-Denis y envoie une délégation. Un échange fait se rencontrer des habitants des deux villes, autour de leurs programmes respectifs.  » Sur place, les gens m’ont dit : « on ne parle pas de la même chose ! Nous, on nous demande de choisir la couleur de la cerise ! »

Enjeux du nord, enjeux du sud
A Porto-Alegre, les enjeux du budget participatif allait de la construction d’une école à la création du réseau d’eau et d’assainissement. A Saint-Denis, il s’agissait plutôt de savoir par quel bout on commençait la rénovation d’une rue, se rappelle Patrick Braouezec.

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Faire reculer le Front national

Le nouveau maire de Saint-Denis devrait lancer un nouveau budget participatif. L’ancien programme semble s’être arrêté après une dizaine d’années d’existence. Il s’était construit sur le programme de démocratie participative, intitulé « démarches quartiers ». Il s’agissait alors de les redynamiser après une dizaine d’années d’existence. A l’origine de ce programme, les élections législatives de 1986. Cette année-là, le Parti communiste était talonné par le Front national, avec chacun autour de 25% des voix.

La démocratie participative contre le populisme
La démocratie participative a pour objectif de retisser le fil entre les habitants et les insitutions. En associant les habitants à la décision, elle s’attaqua aux racines du populisme, le sentiment de ne jamais être entendu, d’être abandonné à son sort.


Bilan : une première et un début


Le « télescopage » qui a amené Saint-Denis à la création du premier budget participatif est l’histoire d’un extraordinaire concours de circonstances. Si le Président de Plaine commune dit ne pas se reconnaître dans la nouvelle génération de budgets participatifs qui essaiment aujourd’hui sur notre territoire, il l’explique par le nécessaire équilibre à trouver entre, d’une part, la démocratie représentative dans laquelle le choix final revient aux élus et, d’autre part, la démocratie participative et sa capacité à éclairer la décision des élus. Une réflexion qui fera l’objet d’un prochain article.


Image : lesbudgetsparticipatifs, 2016