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Quel Budget participatif pour le “Monde d’après” ?

Le “Monde d’après” ne démarrera peut-être pas le 28 juin prochain, mais les élus municipaux, sortants ou nouveaux, y joueront un rôle-clé. Dans ce “Monde d’après”, à quoi devra ressembler le Budget participatif ?

Le 15 mars dernier, les élections municipales désignaient les listes élues dans près de 30 125 communes. Le 28 juin, les électeurs de 4800 communes seront appelés aux urnes pour décider, au second tour, des listes qui dirigeront leur ville pour les six années à venir.

La crise sanitaire et le confinement ont mis entre parenthèses l’exercice démocratique. Il aura fallu attendre la première phase du déconfinement, à partir du 11 mai, pour que se tiennent les premiers Conseils municipaux d’investiture et que les élu.e.s puissent élire les maires et leurs adjoint.e.s.

La démocratie participative et en particulier les Budgets participatifs ont du affronter la crise sanitaire (lire l’article). Des Départements ont décidé d’annuler leur édition 2020. Les villes qui avaient maintenu la démarche, malgré les élections municipales, ont recueilli moins d’idées que les années précédentes. D’autres ont innové pour s’adapter, à l’image de Grenoble.

Quels projets au prochain Budget participatif ?


La crise sanitaire n’a pas pour autant été une feuille blanche au plan du débat d’idées. La période a été riche d’appels et de consultations citoyennes appelant à imaginer le “Monde d’après”. Après des années d’accélération du temps et des échanges mondiaux, il apparaît que les Français aspirent à présent à prendre soin d’eux, de leur environnement et à valoriser les richesses de leurs territoires.

Demain, des projets développant les circuits courts, favorisant le télétravail, soutenant davantage les mobilités douces ou le verdissement de l’espace public seront plébiscités dans les Budgets participatifs.
Les transformations en germe avant la crise (lire l’article), visant à réduire les déplacements (inutiles) ou à privilégier une consommation locale, ont trouvé un écho dans notre quotidien confiné ou dans la question de notre dépendance vis à vis des productions lointaines, telles que les masques.

En 2019, les Budgets participatifs reflétaient déjà ces évolutions et les préoccupations des Français. 40 % des projets votés visaient la préservation de l’environnement (lire la vidéo l’Enquête nationale, en bref).
Rappelons enfin que déjà près de 10% des démarches appelaient à des idées en faveur du développement durable, à l’image de Bordeaux (lire l’article). Cette thématisation devrait se renforcer et les collectivités conduire des Budgets participatifs pour inventer “la ville d’après”.

Un “Monde d’après” plus participatif


L’initiative Après Maintenant (auquel l’auteur de ces lignes contribue) a réuni les données des consultations lancées par l’ensemble des acteurs de la civic-tech durant le confinement, soit 280 000 contributions. Leur analyse a permis de faire émerger des consensus sur des priorités exprimées par les Français. Outre celles présentées ci-avant, ils aspirent aussi à des changements dans le fonctionnement démocratique.

Ainsi, si 78% des Français souhaitent « renforcer la décentralisation, donner plus de pouvoir aux collectivités », de la commune à la région, ils sont encore 63% à se dire prêts à faire des efforts pour « renforcer la participation citoyenne à la vie démocratique, en y participant personnellement davantage ». Concrètement, ils expriment l’attente d’une meilleure représentativité et se montrent ouverts à des expérimentations de démocratie locale et plus participative.

Cet engagement personnel à participer est partagé quel que soit l’âge, le sexe ou la catégorie socio-professionnelle. Elle atteint même 71% chez les 35-49 ans. Aussi, pour les (nouveaux) élu.e.s, la question dépasse l’opportunité d’associer les citoyens à la décision. La question est de savoir comment le faire à travers le Budget participatif.

Un Budget participatif concret et utile


Au cours du mandat municipal 2014-20, le Budget participatif a été conçu pour redonner confiance dans la parole politique, à travers la promesse “Vous décidez, nous réalisons“. Les élus partagent le pouvoir et réalisent les projets proposés et votés par les citoyens. Si les Français ont davantage confiance dans leur maire qu’en toute autre figure politique, cette étape n’est pas derrière nous.

Une nouvel enjeu fait son apparition. Il s’attache au sens de la participation. Dans les faits, le Budget donne un réel pouvoir d’agir et offre aux porteurs de projet la capacité de s’approprier leur territoire et de participer à améliorer leur ville, leur quotidien… Cependant, la multiplicité des réalisations, souvent modestes par leur taille, rend la démarche difficile à “lire”.

C’est pourquoi la thématisation des Budgets participatifs est une étape attendue. Elle donne un horizon plus clair. Les citoyens comprennent mieux l’objectif de la démarche et peuvent se saisir de l’enjeu, à l’image de la cause environnementale, qui appelle à l’action. Cette orientation thématique du Budget participatif pourrait s’accentuer dans les prochaines années et se diversifier sur d’autres politiques identifiées ou des projets-phares du territoire.

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Sincérité et modestie du propos


C’est un autre enseignement de la crise. Les grands discours, s’ils ont eu un écho durant cette période d’émotions fortes, n’ont pas apporté de réponses concrètes pour le quotidien et leur force s’est épuisée rapidement. Aussi, les discours sur la révolution démocratique du Budget participatif doivent être manipulés avec précaution.

Les montants consacrés aux Budgets participatifs se calculent rapidement et sont en général modestes (6 € par habitant en moyenne en 2019). De plus, ces montants sont généralement répartis entre les quartiers (lire l’Enquête nationale III).
Ensuite, parce que le critère de l’investissement peut être un frein pour changer des politiques réduisant nettement les capacités d’action.

Pour conclure, cette modestie doit être guidée par la sincérité de la démarche. Les citoyens seront attentifs à toute forme de “civic-washing”. Ils ne s’engageront durablement dans la démarche que si la première édition a su faire la preuve des promesses annoncées : transparence des décisions, accès et clarté de l’information et, bien entendu, réalisation des projets votés.

Une question de légitimité


La situation inédite que nous avons traversé a invité les citoyens à se projeter dans un “Monde d’après” meilleur, mais d’abord centrés sur eux-mêmes. Si les envies de jardin vont sans doute conduire des urbains à la campagne, pour la majorité il s’agira de se réapproprier et d’améliorer leur environnement, de révéler les richesses de leur territoire ou de faire naître de nouvelles idées.

Les citoyens se disent prêts à participer davantage à la vie de la cité. Le Budget participatif répond à cette attente, à condition qu’il aie du sens aux yeux des citoyens et soient présentés pour ce qu’il est – un moyen concret d’agir. L’enthousiasme a conduit à en parler comme d’une révolution citoyenne, il doit aujourd’hui en priorité être conduit avec sincérité et rendre les citoyens acteurs de la vie ET des décisions locales.

La démocratie participative peut renforcer la démocratie représentative et ses élus. Il y a dix ans, le premier grand Budget participatif européen naissait de la faible participation à l’élection municipale de Lisbonne d’Antonio Costa, aujourd’hui Premier ministre, pour légitimer son action. Après le 28 juin, il en sera encore question dans le “Monde d’après.”