Et si on essayait de comprendre le succès des populistes ? On peut dénoncer leurs mensonges. Est-ce le rôle du politique ? Non c’est celui des médias et visiblement, c’est inefficace. Alors si on faisait de la politique autrement ? si on associait davantage les habitants à la décision ?  C’est ça le budget participatif. Et il y a d’autres raisons de se lancer.

1- Pour la participation citoyenne

5% de participation des citoyens à Rennes la première année, de 1 à 7% à Grenoble en un an, de 2 à 7% à Paris en trois éditions. Ces chiffres vous paraissent faibles ? En réalité, 22 des 25 budgets participatifs recensés en France ont été créés depuis 2014. La participation va progresser. Exemple au Chili avec San Antonio. En dix ans, la participation a atteint 25 000 votants pour une ville de 90 000 habitants. La participation des citoyens ne se décrète pas mais elle construit la confiance.

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Plus de bancs publics pour un cadre de vie plus convivial : une idée présente dans tous les budgets participatifs. Photo : Etienne Thomas

Recréer du lien social, c’est un des objectifs du budget participatif. Photo : Etienne Thomas

 2- Pour agir sur le lien social

En Europe, les budgets participatifs s’appuient d’abord sur des plates-formes Internet et il faut accompagner les victimes de la fracture numérique. Pourtant, le programme agit sur le lien social car il rassemble autour de la création des projets, d’une part, et, d’autre part, ses réalisations dynamisent le lien social sur l’espace public. Les budgets participatifs sont vecteurs de lien social et même, à présent, de solidarité.

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3- Pour moderniser l’action publique

Les sondages suggèrent une opinion. Les consultations prononcent une adhésion ou un rejet. Le budget participatif invite les citoyens à proposer des idées. Ces idées expriment leurs aspirations, dans des villes de 2 000 à 2 millions d’habitants. Les collectivités doivent s’appuyer sur ces informations pour améliorer leurs politiques publiques, mais aussi travailler à la participation des « invisibles ».

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Budget participatif, classement par montant par habitant

Le montant par habitant du budget participatif révèle aussi l’ambition des élus qui le décident.

4- Pour transformer la démocratie

Armel le Coz classe le programme dans la famille des « Transformateurs », pour transformer le système pas à pas. C’est cette volonté qui est à l’origine de Porto-Alegre, au Brésil. Et si le budget participatif, c’était d’abord faire de la politique autrement. Bien sûr, cette ambition varie selon le montant accordé par habitant. Mais dès le départ, le budget participatif vise à redonner du pouvoir aux citoyens.

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5- Pour une vision positive

Les citoyens ne veulent plus être convoqués aux urnes tous les 5 ou 6 ans, ils veulent être associés à la décision. Avec le budget participatif, Les citoyens sont invités à imaginer des idées pour améliorer leur quotidien et même réfléchir à des solutions face aux problèmes locaux. Il ne s’agit plus de déplorer la situation mais de construire, c’est une démarche positive.

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Bilan : écouter les citoyens


Le succès des discours populistes auprès des électeurs est à présent avéré. Leur rhétorique ne s’embarrasse pas de la vérité des faits. La campagne pro-Brexit nous a même fait entrer dans une « ère post-vérité » (lire l’analyse). A cette rhétorique, il s’agit d’opposer une information basée sur des faits, de « fact-checker ». C’est sans doute le rôle des médias dans la démocratie. Mais pas celui du politique. Certains n’auront aucun scrupule à reproduire un discours populiste. D’autres s’intéresseront aux aspirations auxquelles il répond. Et il n’y a rien de neuf en vérité. Il dit juste « nous ne sommes pas entendus, nous avons des choses à vous dire« .